Lundi 25 mai 2009

Ce petit roman commence par la description de la ville de Saint-Pierre avant la catastrophe et c’est cette plongée dans le passé qui fait le charme et l’intérêt de cette lecture. L’histoire peut paraître trop belle, le style trop facile et familier, mais cette œuvre de R. Bonneville reste un texte à connaître car ce jeune journaliste, poète et romancier blanc créole tient une place originale dans la littérature antillaise pour avoir rendu compte en témoin fidèle des mœurs de son époque et pour avoir combattu le racisme et les préjugés dont il eut lui-même à souffrir.

 

L’action du Triomphe d’Eglantine s’étend du Second Empire à la Troisième République, de 1860 à 1888. L’intrigue est simple : elle nous montre comment une mulâtresse du peuple parvient, malgré l’abandon de son amant blanc, à assurer une position enviée à ses deux enfants et à s’élever elle-même dans la société pierrotine.

 

Eglantine, vertueuse, laborieuse et avisée, fera de son fils un médecin qui, de retour au pays, ne tardera pas à devenir le maire de la ville. Quant au père, contraint par la pression sociale (« la société, la famille, la Religion le poussant par les épaules ») à abandonner sa maîtresse de couleur et à faire un mariage qui se révèlera catastrophique, il se verra obligé, la crise économique lui ayant fait perdre sa situation, de quémander auprès de son fils une place de chef de service à la mairie.

 

Le schéma presque simpliste de cette histoire illustre les thèses de R. Bonneville qui, contre sa caste (à laquelle il reproche pêle-mêle sa mollesse, son hypocrisie, son orgueilleuse suffisance et sa stérilité intellectuelle), célèbre l’ascension (grâce à l’instruction) de la classe mulâtre qu’il juge courageuse et combative. Une classe qui effectivement à la fin du siècle commençait à s’emparer des pouvoirs publics (on sait comment ceux-ci furent repris par les Blancs créoles à l’époque de Vichy). Il n’est pas encore question des Noirs.

 

Mais à côté de cet intérêt historique, c’est l’intérêt documentaire qui retient dans cette lecture : descriptions des quartiers, de l’habitat, des usages ; évocation des campagnes électorales, des bals populaires, du carnaval, des insouciantes parties de campagne. Les nostalgiques regretteront les habitudes et les rites que nous avons perdus, d’autres se réjouiront des traits que nous avons conservés.

 

 

Le récit de R. Bonneville est plein de vie. Il évoque les attitudes des gens de la rue, émaille son texte de dialogues en créole. Le monde qu’il nous décrit (et René Bonneville lui-même) allait disparaître trois ans après la parution de son roman. Sans le savoir, l’écrivain nous laissait un témoignage précieux sur la vie, le travail, les soucis, les plaisirs de nos parents d’il y a un siècle, ce qui donne un caractère émouvant à cette lecture. (in Romans antillais du XIXème siècle. t. 3. Ed. Horizons Caraïbes. 1977. 87 p.)

 

Par Association ASCODELA - Publié dans : ascodela
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