Lundi 25 mai 2009
 

L’enquête réalisée dans des collèges, des lycées et à l’université a donné des

résultats édifiants. 82,70% des élèves et des étudiants se prononcent pour

l’enseignement de la littérature antillaise à l’école.

 

1) Etes-vous favorable à l’introduction de l’étude des littératures antillaises dans les programmes scolaires ?

 

Oui 82,70 % Non 17,30 %

 

Résultats détaillés du « OUI »

CLASSES


TOTAL

GARCONS


FILLES

Etudiants


94,56 %


90,90 %


96,61%

Terminales


81,53%


57,89%


91,00%

Premières


82,75%


78,78%


88,00%

Secondes


75,00%


70,83%


77,09%

Troisièmes


77,15%


72,22%


70,58%

 

 

2) Si oui, quels sont, selon vous, les obstacles à cette innovation ?

 

A- Absence d’études critiques sur les œuvres et les auteurs

20,15%

B- Matière non prévue aux examens

15,89%

C- Désintérêt des élèves

14,72%

D- Paresse intellectuelle et force de la routine

13,56%

E- Imprécision des programmes et des instructions officielles

12,79%

F- Désintérêt des professeurs

9,68%

G- Textes non disponibles

9,30%

H- Autre obstacles

3,48%

 

 

Le corpus de l’enquête

 

Ont répondu à cette enquête 339 jeunes Guadeloupéens scolarisés dont 212 filles et 127 garçons : étudiants de Fouillole (Droit et Sciences principalement), élèves de lycées et collèges publics et privés de Grande-Terre et de Basse-Terre, dont les lycées professionnels et le lycée agricole. Cet échantillon, comprenait 92 étudiants, 65 élèves de Terminale, 58 élèves de Première, 72 élèves de Seconde, 52 élèves de Troisième.

 

Les filles davantage motivées

 

 

D’emblée la population scolaire se montre favorable à une introduction plus systématique de la littérature antillaise dans les programmes scolaires (de 70 à 94%), cette tendance s’accentue au fur et à mesure que les élèves avancent dans leur scolarité (classe de Troisième, 71,15% étudiants 94,56%). Une différence très nette apparaît chez les garçons qui tant en classe de Seconde (70,83%) qu’en classe de Terminale (57,89%) affichent une désaffection certaine pour la question. Diverses raisons à cela. La plus courante, généralement invoquée par les garçons eux-mêmes serait la perspective de l’examen, certes encore lointaine, mais bien réelle en Seconde, et la proximité évidente du baccalauréat en Terminale. Mais les filles aussi sont confrontées à cette réalité et réagissent pourtant autrement. Il faut donc envisager d’autres explications, plus sociologiques se référant à une typologie du comportement face à la lecture. D’une manière courante les garçons accordent moins d’intérêt à la lecture et par conséquent à la littérature. De plus ils répondent beaucoup plus favorablement aux sollicitations des loisirs plus extérieurs et plus conformes à leur image d’éléments mâles de la société. Il ne faut pas oublier non plus qu’ils composent l’essentiel des élèves dans les sections scientifiques. Chez les filles, le goût pour les romans est plus précoce et toujours affirmé. C’est souvent une activité encouragée par le milieu familial, puisque considérée comme inoffensive. Sans doute ne faudrait-il pas négliger non plus que les grands noms de la littérature en Guadeloupe sont des femmes (Dany Bebel-Gisler, Maryse Condé, Michèle Lacrosil, Simone Schwarz-Bart) ; on peut donc raisonnablement penser que cette prépondérance féminine valorise ce loisir aux yeux des filles mais du même coup les garçons s’en détournent, l’estimant très ou trop féminin. Remarquons pour finir le très large consensus qui se dégage autour de la question chez les étudiants (94,56%.) Il est dû en priorité à la politisation plus aigue de ce milieu. En effet se mobiliser pour la littérature antillaise, c’est participer concrètement à cette prise de conscience de l’identité nationale qui constitue un des débats essentiels qui agitent les consciences étudiantes. Les réponses à la seconde question (obstacles à l’enseignement des littératures antillaises) paraissent marquées au coin du bon sens et de la logique. Pour les jeunes, la littérature antillaise n’est pas enseignée parce qu’elle n’est pas suffisamment connue et étudiée. C’est une raison d’ordre pratique qui est mise en avant : l’appareil pédagogique fait encore défaut (absence d’études critiques, 20,15%). La détermination du second obstacle révèle du même esprit pratique : on ne peut étudier sérieusement en classe une matière qui ne constitue pas (et qui ne peut pas constituer pense-t-on à tort) une épreuve d’examen (matière non prévue aux examens, 15,89%. D’où le corollaire logique : s’il n’y a pas d’épreuve de littérature antillaise à l’examen, celle-ci ne peut intéresser les élèves (en tant qu’élèves et non pas en tant que jeunes Antillais) dont le but essentiel reste d’avoir le Bac (désintérêt des élèves 13,56%). Il semble que nous pouvons tirer une conclusion optimiste de ce sondage. Le fait que l’obstacle technique (textes non disponibles) soit cité en dernier ou presque montre que pour les jeunes, tout n’est pas perdu. Le problème n’est pas que les textes antillais manquent (9,30%) ni que les professeurs demeurent irrécupérables dans leur peu d’ardeur pour enseigner cette matière (désintérêt des professeurs 9,60%) : un espoir demeure si enseignants et élèves se décident à sortir de la torpeur de la routine (paresse intellectuelle et force de la routine, 13,56%) et si les instructions officielles fixent clairement (peut-être par une circulaire rectorale) les règles du jeu ou bien sont simplement bien lues et exploitées (imprécision des programmes et des instruction officielles, 12,79%).

 

Ascodela 1990

 

 

EN GUISE DE CONCLUSION

 

Vous trouverez dans le site (ascodela.org) la page d’introduction (« L’école doit défendre notre patrimoine culturel ») d’un dossier publié en 1990 dans l’hebdomadaire guadeloupéen « Sept Magazine ».

Les textes ci-dessus sont un deuxième extrait de ce dossier : une enquête réalisée auprès des jeunes scolarisés. Il nous a semblé que les chiffres obtenus étaient particulièrement éclai-rants pour comprendre la situation faite à la littérature régionale et la frustation éventuelle qui pourrait en résulter.

Une question se pose néanmoins. Cette enquête est ancienne. Les parents des jeunes interrogés ont été modelés par la télévision, introduite dans les années 60. La jeunesse d’aujourd’hui est elle-même façonnée par le triomphe d’internet et du téléphone portable. La question est donc : est-elle dans les mêmes sentiments de ceux qui avaient répondu à notre enquête il y a vingt ans ?

Par Association ASCODELA - Publié dans : ascodela
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