Andrés L. MATEO (REPUBLIQUE DOMINICAINE/1946)

Publié le par Association ASCODELA

0083 photo A.MateoNé à Santo Domingo le 30 novembre 1946. Licencié de langue et de littérature hispano-américaine de l’Université Autonome de Santo Domingo, il est docteur en philologie de l’université de La Havane (Cuba). Membre fondateur du mouvement littéraire La Isla, il fut professeur dans le Département de Lettres de l’Université  Autonome de Santo Domingo (UASD) dont il dirigea le Centre de Publications. Il dirigera aussi l’Unité d’Investigations de la Bibliothèque Nationale. Il a tenu dans le journal El Siglo puis dans Listín Diairio une chronique (« Sobre el tiempo presente »)  qui lui valut le Prix de l’Excellence Journalistique en 1999.

 

En dehors de différents poèmes parus dans des revues, il a publié deux recueils de poésie (1969) et une anthologie poétique (1981). Auteur de quatre essais littéraires, il a fait partie de la direction du supplément culturel « Coloquio » du journal El Siglo. Son roman La otra Penelope a obtenu le Prix National du Roman en 1981. Son second roman, La balada de Alfonsina Bairán paru en 1991, a également été primé (Prix du roman de l’Université Nationale Pedro Henriquez Ureña). En 1994, c’est le Prix National de l’essai qui lui est accordé pour Mito y cultura en la era de Trujillo.

 

Une partie de son œuvre (qu’elle soit essai, roman ou poésie)  se réfère à l’ère du dictateur Rafael Trujillo et à la guerre civile de 1965.

 

Il a reçu le Prix National de littérature en 2004.

 


Bibliographie romanesque


ROMANS

-   Pisar los dedos de Dios  (Santo Domingo. Editora Taller. 1979.1979.115 p.) (Santo Domingo.1986)
-   La otra Penelope  (Santo Domingo. Editora Taller. 1982.137 p.) (Santo Domingo.1991)
-   La balada de Alfonsina Bairán  (Santo Domingo. Ediciones UNPHU. 1991)
-   El violín de la Adúltera  (2007)

 

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0037 couvert. La otra PenelopeLa Otra Penelope. Andrés L. MATEO  (1982)

 REPUBLIQUE DOMINICAINE

 

Le narrateur Feliz Marcel, jeune étudiant en Droit est le principal protagoniste-témoin de ce roman qui se déroule à Santo Domingo dans une atmosphère citadine féroce et sordide. L’utilisation du récit à la première personne implique davantage le personnage dans l’action et rend réaliste l’histoire.

 

Le jeune homme se souvient. Il essaie de revivre sa rencontre avec une jeune fille de dix-neuf ans, Alba Besonia qu’il a connue un samedi alors qu’elle était assise, sans chaussures, à l’Hôtel des Chinois de la rue Duarte. Son élan envers elle, quoique né d’une rencontre de passage, est pour lui un amour privilégié, un amour intense qui le trouble. Il reste fasciné par cette femme à cause de « cette image d’extase » qu’elle lui a offerte. Il l’attend, il la cherche, il l’invente et la reconstitue dans sa mémoire.

 

Dans ce monde artificiel, pathétique et cruel où se mêlent amour et haine, le roman nous raconte comment la rencontre avec Alba vient bouleverser sa vie, comment le narrateur est amené à tuer à cause de la violence quotidienne qui l’entoure.

 

Les premières pages du roman annoncent la mort d’une jeune fille dont le nom nous est inconnu et le livre se termine par une autre mort. En effet le thème de la mort, qui se fait parfois pesant, est omniprésent dans l’œuvre.

 

Dans un contexte politique instable, Alvaro Pascal, l’ami du narrateur, personnage émouvant  de combattant de la guerre civile de 1965 garde une blessure profonde de la défaite trois années après. Il est habité par la haine et il cherche des coupables. L’existence pour lui est un jeu de revanche, aussi vit-il un conflit permanent avec lui-même et la société. Lors de ses rendez-vous avec Feliz au fameux bar Le Roxi ou  à la rue El Conde, il raconte la violence de la ville où « tout est de la merde, nous ne sommes rien », où tous les marginaux se retrouvent. Dans la férocité de cette ville, des hommes disparaissent sans que l’on connaisse et que l’on condamne les assassins (« des morts sans cadavre, des disparitions…sans que l’on voie la main qui agissait ».

 

De son côté le narrateur apprend par le tailleur du quartier la vie que mène Alba, maîtresse du docteur Latorre (plus âgé qu’elle) en échange « de la sécurité et du bien-être ». La flagellation que subit la jeune fille est détaillée dans le cahier qu’elle tient. Elle précise que le docteur est « un homme dangereux » et qu’il a « beaucoup de pouvoir ». Qui est donc cet homme qui porte toujours une arme?

 

A la lecture de ce cahier, la vengeance habite le narrateur. Il se sent victime et témoin d’un jeu pathétique dans lequel l’amour et la haine s’accommodent. L’humiliation de voir Alba violentée sexuellement lui est insupportable. Il joue le rôle de l’amant en retrait, impuissant devant cette situation où triomphe la luxure et le pouvoir.

 

L’assassinat de son ami Alvaro annoncé dans le journal et le fait qu’il lui ait donné son revolver avant de mourir seront un tournant dans la vie de Feliz Marcel. Le revolver ne le quittera plus. Cette arme sera l’arme du crime. Car le narrateur finira lui aussi par hériter de la haine de la société. Feliz Marcel reconnaît sur une photo de son ami assassiné l’homme qui fréquente Alba. Le soupçonne-t-il d’avoir tué son ami Alvaro? Le narrateur tire sur le docteur.

 

Douleur de cet homme pour Alba Besonia qu’il admirait malgré tout (« c’était le visage de l’amour »). Et le protagoniste insiste sur le regard troublant de la jeune fille quand elle meurt à son tour (« la cruauté de ces yeux ouverts »). Il note : « Era una mujer imposible de transmitir;

 

La beauté du roman et son aspect émouvant sont dans la poésie de l’œuvre. A la violence de la ville se mêle la poésie des personnages, celle des éléments de la nature, comme l’aube où « les nuages…tissent l’interminable poncho du ciel » » alors que le narrateur attend sa bien-aimée en vain. Et la mort d’Alba est comparée au vol d’un oiseau qui s’écrase contre la fenêtre.

 

« L’autre Pénélope », c’est Alba, victime de la misère du monde, mais qui en attend encore quelque chose. Ce roman nous invite à réfléchir sur le désespoir et la solitude de l’homme dans cette société, qui le poussent de plus en plus vers la violence. « Chaque homme est seul, tous se foutent de tout et nos douleurs sont une île déserte ».

 

Marie Agnès Larifla

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