René MARQUÉS (PUERTO RICO-1919-1979)

Publié le par Association ASCODELA

0084 photo R.MarquésNé le 4 octobre 1919 à Arecibo  (Puerto Rico). Etudes au Collège d’Agriculture et d’Arts Mécaniques de Mayaguez où il obtient son diplôme d’agronome en 1942. Il travailla au Ministère de l’Agriculture pendant deux ans. Il se marie en 1943 (il aura au total trois fils et divorcera en 1954). En 1946 il se rend avec sa famille (il a alors deux fils) à Madrid pour étudier la littérature à l’Université Centrale.

 

A son retour il travaille comme gérant dans une entreprise à Arecibo et crée le groupe Pro Arte. C’est l‘époque où il fait paraître des chroniques, des comptes-rendus d’ouvrages et des articles de critique littéraire dans le journal El Mundo et la revue Asomante.

 

Après avoir travaillé au journal El Diario de Puerto Rico pendant une année (1946-1947), il part étudier le théâtre à la Columbia University de New York, grâce à une bourse Rockfeller. Il suit également une formation au « Piscator’s Dramatic Workshop » de New York.

 

En 1950 (il a alors 31 ans) il revient à Puerto Rico et travaille comme rédacteur au Ministre de l’Instruction Publique. En 1951 il crée le « Théâtre Expérimental de l’Athénée » (Teatro Experimental del Ateneo) qu’il dirigera jusqu’en 1954. Il occupe également le poste de secrétaire du Comité des Directeurs de l’Ateneo Puertorriqueño. En 1953 il dirigera l’unité d’édition de la Division Communautaire, au Ministère de l’Instruction Publique.

 

En 1954 il obtient une bourse de la Fondation Guggenheim pour écrire un roman, mais doit attendre 1957 pour se rendre à New York et commencer à écrire La vispera del hombre (roman publié à Mexico en 1959). En 1957 également il séjourne brièvement à Madrid pour patronner la première représentation de sa pièce La carretera, et se rend à Palma de Majorque pour rendre visite à des parents de son père.

 

En 1958 il fait partie de la délégation portoricaine à la première Biennale Interaméricaine de Peinture, à Mexico. En 1959 il crée le Club du Livre de Puerto Rico.

 

René Marqués enseigna la littérature à l’Université de Puerto Rico tout en collaborant à de nombreux journaux et revues de Puerto Rico et de l’étranger

 

Il est l’auteur d’une quinzaine de pièces de théâtre; de nouvelles, de poèmes, d’essais et de deux romans. Il a également publié une anthologie de la nouvelle portoricaine. Il est surtout connu comme dramaturge et nouvelliste.

 

Son œuvre est consacrée à l’analyse de la société portoricaine et évoque les problèmes du pays, spécialement ceux qui sont liés selon lui à la situation politique de l’île (l’écrivain était partisan de l’indépendance).

 

Il est mort le 14 mars 1979 à Puerto Rico.

 

Bibliographie romanesque

ROMANS

-    La vispera del hombre (Mexico. Talleres de Gráficos Hispanoamericanos. 1959) (PuertoRico.Río Piedras. Editorial Cultural.1970.207 p./ 1983.1990.268 p.)(Puerto Rico. Río Piedras. Editorial Edil.1988. 287 p.)
-    La mirada (Puerto Rico. Río Piedras. Ed. Edil. 1975. 100 p.)

NOUVELLES

-   Otro día nuestro  (San Juan. Imprenta Venezuela.  Instituto de Cultura Puertorriqueña. 1955. 129 p.)
-   Cuentos del Ateneo Puertorriqueño (1956)
-   En una Ciudad llamada San Juan (Mexico. Imprenta Universitaria. 1960.143 p.) (La Habana. Casa de las Americas. 1962. 138 p.) (Puerto Rico.Río Piedras. Editorial Cultural. 1970.1983)
 -   El hombre de la sonrisa triste (Puerto Rico. Hato Rey. Departamento de Instrucción Pública. División de la Educación de la Comunidad. 1963. 31 p.)
 -   Immersos en el silencio (Puerto Rico. Río Piedras. Editorial Edil. 1976.171 p.) (Puerto Rico. Río Piedras. Editorial Antillana. 1976. 171 p.)


TRADUCTIONS

Français
-   Dans une ville appelée San Juan (En una Ciudad llamada San Juan) (Paris. Editions Caribéennes. 184. 250 p.) Anglais
-   The Look  (La mirada) (New York. Senda Nueva de Ediciones. 1983. 91 p.)

 

N.B.   1)   Une nouvelle de R. Marqués (La muerte no entrara en el Palacio) a été traduite en arabe (Syrie)         
          2)   Il existe à l’Université de Puerto Rico une traduction inédite en anglais de La vispera del hombre (Childhood’s End) effectuée dans le cadre d’un doctorat de traduction

 

 

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E0016couvert. Dans une villen una Ciudad llamada San Juan  (1960)

PUERTO  RICO


    Ce recueil de nouvelles est le seul ouvrage traduit en français de cet important écrivain portoricain, René Marqués. Le livre est profondément unitaire, car malgré la diversité des personnages et des situations, toutes les nouvelles (parfois inspirées de faits réels) sont parcourues par le même thème : la présentation d’êtres en crise qui se libèrent (dans le sacrifice, la mortification, le meurtre ou le suicide) de la peur engendrée par la situation coloniale de l’île. Et l’ouvrage est fortement encadré par des textes qui se répondent, du XVIème siècle à l’époque moderne, du meurtre d’un conquistador à celui d’un « marine » par un Portoricain humilié.

 

En dehors de la première nouvelle qui évoque en prologue un épisode célèbre de l’histoire portoricaine, la mort du conquérant espagnol Salcedo, tous les textes présentent donc des habitants de San Juan, qu’il s’agisse de bourgeois, de prostituées, d’enfants, de militants politiques ou de citoyens très ordinaires.

 

René Marqués veut nous montrer, sans prosélytisme excessif, par de simples récits-témoignages, comment dans cette île « qui est la propriété des Etats-Unis », l’être humain est en proie à une profonde insatisfaction, un mal de vivre, une peur d’exister dus au fait de vivre dans « une colonie qui ne veut pas cesser de l’être ». Le mal est dans l’absence d’un projet personnel patriotique (« il ne savait pas ce qu’on attendait de lui dans la vie et c’était là la raison de sa peur »).

 

Cette situation historique  conditionne profondément, sans qu’ils en aient conscience, tous les personnages, qui resteraient englués dans leur peur viscérale s’ils ne prenaient conscience, dans une illumination libératrice, du caractère insupportable de leur indignité et de leur soumission.

 

En dehors de ce thème fondamental, chaque nouvelle se nuance d’une signification particulière, comme l’ennui et la désespérance de la vie bourgeoise, les conséquences de l’engagement politique sur la vie de famille ou la mise à l’écart des anciens pouvoirs économiques de l’île.

 

Toutes les nouvelles du recueil sont d’une structure tragique et on serait tenté de conclure au pessimisme de l’ouvrage, mais les récits de Marqués sont aussi empreints de poésie et d’ironie. L’auteur ne donne aucune issue prosaïquement heureuse à ses histoires, mais la gloire de vivre est dans la conquête de la lucidité, dans l’exaltation de devenir « définitivement, un homme ». C’est une prise de conscience souvent très proche de la mort, qui suit l’acte libérateur (et en cela l’œuvre de Marqués est désespérée), mais pour lui « toute l’existence se concentre dans l’acte ».

 

Ce qui sauve, c’est « l’acte d’agir », qui donne enfin un sens aux « vies inutiles ».

 

La lecture des nouvelles de ce recueil se présente comme un lent et savoureux déchiffrage, car l’art de Marqués est fait d’allusions, de points de vue multiples, de retours en arrière, de notations de détails suggestifs et de symboles. Il procure un profond plaisir de lire, notamment dans l’emploi  des monologues intérieurs, avec cette opposition de la réalité objective  et de la réalité telle qu’elle est perçue et réfractée dans la conscience des personnages. C’est-à-dire des Portoricains. C’est-à-dire de tous les lecteurs. Les éléments du récit sont livrés peu à peu dans une progression qui lui donne lentement sa cohérence puis sa force finale. D’où l’agrément de la relecture de ces nouvelles.

 

René Marqués est mort  sans avoir vu aboutir ses aspirations nationalistes, mais ses convictions patriotiques ont nourri un art d’écrire de portée universelle ; au-delà des habitants de la ville appelée San Juan, c’est l’être humain lui-même qu’il nous permet de mieux connaître.  (Paris. Editions Caribéennes. 1984. 256 p.)

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