Fernand YANG-TING (MARTINIQUE/1878-1933)

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Album-2 0001 Photo Yang TingOn ne dispose pas de beaucoup d’informations concernant cet auteur.

 

Il est né le 9 août 1878 à Saint-Pierre en Martinique. Il échappera à la catastrophe de l’éruption de la Montagne Pelée du 8 mai 1902, se trouvant ce jour-là dans la commune voisine du Carbet. Il avait 24 ans.

 

Trois ans plus tard il publie Saint-Pierre (1905), signé simplement de son prénom, « Fernand ». C’est donc le premier roman évoquant la ville martyre, le lien direct, avec le récent drame n’étant établi seulement que dans l’épilogue.

 

Après  avoir commencé des études de Droit Fernand Yang Ting les achève à Paris.
Devenu avocat, puis bâtonnier de cet ordre, il abandonne cependant cette carrière pour l’activité de  négociant en cacao.

 

Outre son roman, il est l’auteur de nombreux articles parus dans la presse locale de tendance conservatrice (Le Courrier des Antilles, L’Action nouvelle, La Paix).

 

Il mourut à Fort-de-France le 3 octobre 1933.


Bibliographie romanesque

-   Saint-Pierre  (s.e. s.d. 1905. 318 p.) Réédité sous le titre Saint-Pierre avant 1902 (Fort-de-France. Imprimerie Désor-
    meaux. 1995. 309 p. photos d’archives en illustrations)

 

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Enregistrer0027 Saint-PierreSaint-Pierre avant 1902. Fernand YANG-TING (1905)

MARTINIQUE


Ce roman est sans doute le premier roman martiniquais  consacré à la ville de Saint-Pierre et indirectement à la catastrophe de l’éruption de la Montagne Pelée (sinon on n’en aurait pas parlé). En effet il est paru seulement deux ans après la catastrophe sous le simple titre Saint-Pierre. Signé d’un simple pseudonyme, « Fernand », il a été retrouvé par les descendants de l’auteur et réédité en 1995.

 

C’est avec une profonde émotion teinté de nostalgie que le lecteur voit s’animer, sous la plume de Fernand Yang-Ting, la ville de Saint-pierre de la Martinique. Dans ce théâtre figé depuis près d’un siècle revivent les acteurs insouciants de la cité maritime, le charme vieillot des quartiers bourgeois et des jardins publics.

 

A vingt-quatre ans, l’auteur est marqué à jamais par l’éruption de la Montagne Pelée. Trois ans plus tard, il retrace sous une plume satirique et légère les mille et une facettes de la cité disparue. D’une part en évoquant sa jeunesse d’écolier modeste au Pensionnat Colonial, d’autre part en imaginant l’histoire de Julienne, une jeune campagnarde du Morne Cadet.

 

Julienne est une grande fille naïve et maladroite employée dans les maisons bourgeoises de la ville. Peu à peu, la jeune fille se métamorphose et devient une figure incontournable de Saint-Pierre, la « reine des titanes », la plus célèbre des courtisanes, adulée par les bourgeois licencieux, admirée et respectée de loin par les hommes du peuple. C’est une maîtresse-femme ambitieuse, régnant sur les fêtes et dont les parures magnifiques donnent le ton de la mode, lors des fameuses « prises de robes » où l’on se devait de se montrer dans d’élégantes robes plissées à queue, couvrant sans discrétion d’adorables bottines noires à boutons.

 

Mais bientôt, lassée de la cage dorée où la confine son amant bourgeois du moment, M. Vidal, Julienne jettera son dévolu, par caprice plus que par passion, sur un jeune cabrouet (1) misérable dont les humeurs violentes seront à l’origine de la déchéance de la jeune femme.

 

Au gré des pérégrinations de l’héroïne, le lecteur déambule dans les quartiers riches aux rues « aristocratiques par excellence », les rues Torail, Lucy, Justine, Caylus, où les arbres se penchent par-dessus les jardins des riches demeures figées dans un carcan de convenances. Et dans une longue diatribe F. Yang-Ting souligne : « Dignité et moralité, voilà la bourgeoisie du soleil, lâcheté et dérèglement, voilà la bourgeoisie de la nuit. »

 

Saint-Pierre, c’était aussi le quartier populaire de la rue Bouillé, « la corde de l’arc formé par la ville » où grouillait une population énorme qui parfois le soir, faute de place, « dormait à la belle étoile ». C’était, le jour, les tramways bruyants, les groupes de « lessiviers » aux chants mélancoliques, les vieilles marchandes âpres au gain et les cabrouets vindicatifs.

 

Tous, au soir du 14 juillet, s’écoulaient « en torrent » par les rues pavoisées, pour aller s’ébahir devant les défilés aux flambeaux et sous le ciel constellé de « poignées d’étoiles multicolores ». Au Carnaval et à Noël, les cavalcades paillardes s’échauffaient jusqu’à perdre haleine dans des joutes musicales, sous les fenêtres quelque peu offusquées de l’aristocratie dévote.


Dans son édition actuelle le roman s’agrémente de photographies anciennes d’un réalisme saisissant : ici une « lessivière » en tenue au regard timide, là une rue piétonne donnant sur la facade austère du Théâtre ou sur le Jardin des Plantes. Car le témoignage de F. Yang-Ting est un ouvrage précieux que tout lecteur amoureux de l’histoire se doit de parcourir  (Fort-de-France. Imprimerie Désormeaux. 1995. 319 p.)

 

Jocelyne  Edom

 

(1)   charrette tirée par des mulets ou des bœufs Par extension, conducteur de cette charrette

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