José TRIANA (CUBA/1931)

Publié le par Association ASCODELA

Enregistrer0067 photo J.TrianaIl est né en 1931 à Camaguey dans la province d’Hatuey, à Cuba dans une famille d’ouvriers. Il fera des études de lettres et de philosophie à l’Institut Manzanillo dans l’Oriente, puis à l’université de cette province en 1953.

 

Après avoir travaillé à la Compagnie des téléphones il partit en Espagne en 1955 (il avait 23 ans)  et s’inscrivit à l’Université de Madrid pour des études qu’il n’achèvera pas, mais étudia le théâtre au Cercle des Belles Lettres de Madrid. En 1956 -1957 il fut acteur dans le Groupe Dido et assistant au Théâtre Ensayo (1958).

 

Il visita la France, la Belgique, l’Italie et l’Angleterre.

 

De 1955 à 1964 il fera représenter cinq pièces de théâtre et signera des adaptations ou traductions de pièces étrangères. Il publiera un recueil de poèmes en 1958.

 

De retour à Cuba il fut employé par la Compagnie des téléphones, mais poursuivit ses activités de théâtre à la Sala Prometeo, siégea dans divers organismes (Conseil National de la Culture, Edition Nationale de Cuba, Institut Cubain du Livre) et collabora à de nombreuses revues de Cuba ainsi qu’à deux revues théâtrales de France. Il fut également professeur d’art dramatique et de littérature à Cuba et aux Etats-Unis.

 

Sa pièce La noche de los asesinos (1964) remporta un succès mondial (Amérique latine et Europe) et sera plusieurs fois primée (Cuba, Colombie, Mexique, Argentine).

 

Censuré et accusé de subversion idéologique, il s’exila à Paris en 1980.

 

Il a révélé ses talents de conteur avec Fragmentos y Humo (1999), recueil de nouvelles d’une atmosphère oppressante et d’une certaine profondeur psychologique, mettant en scène, dans un style riche, onirique et sensuel des personnages victimes  de blessures secrètes.

 

Auteur également d’une anthologie de pièces de théâtre espagnoles, José Triana est surtout connu comme auteur dramatique. Il vit en France.


Bibliographie romanesque

NOUVELLES

-   Fragmentos y Humo  (1999)


TRADUCTION

Français
-   Les cinq femmes (Fragmentos y Humo) (Arles. Actes Sud.1999. 128 p.) 

 

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0045 couvert. Les cinq femmesLes cinq femmes. José TRIANA 

Fragmentos y Humo (1965)

CUBA

 

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans un village de Cuba, les destinées tragiques de cinq femmes évoquent, à des degrés divers, la vulnérabilité de l’existence, les malaises et les déchirements au sein de quelques familles riches conventionnelles de la bourgeoisie et de la noblesse cubaine.

 

La braise
Pourquoi Alejandra s’empresse-t-elle ainsi de se rendre au chevet de son beau-père agonisant? Elle, qui n’a pas connu les fastes de la grande demeure paternelle de son époux Ignacio, s’approprie avec fébrilité la vieille bâtisse pour retrouver le « magot » enfoui par le vieillard grabataire au « pâle visage d’oiseau flétri ». Mais Don Ceferino, jadis « auréolé d’une puissance fascinante », acceptera-t-il, au seuil de la mort, d’accorder à sa belle-fille une reconnaissance tardive, après l’avoir si longtemps méprisée et maudite à cause de ses modestes origines?

 

Animée d’une indéfectible soif de revanche, Alejandra ratisse de fond en comble les vestiges poussiéreux de la vieille demeure délabrée, avec au cœur un mélange subtil de rage et de vengeance qui revigore son âme d’épouse passive et silencieuse.

 

Incident familial
Depuis son adolescence Isabel tente vainement de réprimer aux tréfonds d’elle-même ce désir destructeur qui l’attire inexorablement vers le bel Alberto…Finalement c’est sa fille Adélaïde, une adolescente rebelle et passionnée qui osera transgresser furieusement les interdits, commettant « l’innommable » au milieu des sous-entendus et des sarcasmes d’une famille terrorisée par la peur du scandale. Sa mère Isabel reste plongée dans ses fantasmes, au point de refuser la vérité par crainte de reconnaître qu’elle se satisfait secrètement de voir sa fille commettre l’acte qu’elle n’avait jamais pu elle-même concrétiser. « Était-elle réellement consternée de se sentir à la fois profanée et profanatrice? »

 

Un instant avant la mort

Dans son village natal le trop fougueux Gualdimiro s’insurge contre la fermeture de la scierie communale à laquelle il a sacrifié trente années de sa modeste vie. Mais quel rôle insidieux et fatal son épouse Eldemira joue-t-elle dans l’acte irrémédiable qui menace le cynique avocat du gouvernement, « porte-parole de l’injustice »? Pour se démettre d’un lien conjugal qu’elle abhorre en silence, animée d’une haine « incrustée jusqu’à la moelle », l’épouse maléfique « adresse  fiévreusement des prières à l’immatériel afin que l’irréparable soit commis »…Gualdimiro, dans sa quête éperdue de justice, s’avance inexorablement vers son destin tragique, sous les regards impassibles des villageois trop pleutres, pantins fatalistes, témoins placides de cette chronique d’une mort annoncée.


De triste mémoire
Par une funeste matinée ensoleillée, tante Emeline, la cinquantaine, bien en chair, déclare sur le ton de la plaisanterie que « des champignons avaient poussé dans le jardin ». En quelques mois, après maints bains d’eau froide et d’exorcisme du sorcier de la région, un terrible complot familial transformera cette coquette épouse modèle en une vieillarde repoussante, dans le seul but de préserver la dignité compassée d’une famille honorable de la région, au grand désespoir de sa nièce préférée Olinda.


Fragments et fumée « Couchée dans son lit, Laura a l’impression qu’il se passe quelque chose d’étrange ». Au fil de ses évocation hésitantes, la jeune femme se revoit, radieuse et frémissante, dans la somptueuse demeure de l’immense plantation familiale, entourée des rires et des cris de ses espiègles cousins. Plus loin, ce sont les rues sombres du quartier de Soho, à Londres, dans le fracas de la multitude des visages grimaçants…Depuis la mort de son père, décédé dans des circonstances inavouables  -  selon les mauvaises langues - lorsqu’elle avait dix ans, Laura feuillette avec mélancolie le vieil album de ses souvenirs « où toutes les époques cohabitent dans un méli-mélo permanent » avec les visages de Rosalie la vieille Négresse, de la grand-mère Isola, de Carlos, de  Don Agustin…Elle tente désespérément de mettre de l’ordre dans ce tragique bouleversement de la mémoire qui la mène insidieusement vers la folie. (Arles. Actes Sud. 1999. 127 p.)


Jocelyne Edom

Publié dans ascodela

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