Carel de HASETH (CURAÇAO:1950)

Publié le par Association ASCODELA

Enregistrer0064 photo C.de Haseth

Né à Curaçao le 22 décembre 1950. Il étudia la pharmacie aux Pays-Bas. Il a écrit aussi bien en néerlandais qu’en papiamento (le créole local). Un recueil de sa poésie en papiamento fut publié en 1985 (Poesia venena), tandis que son court roman, Katibu du shon (L‘esclave d‘un maître), parut en 1988.

 

Dans ces deux livres et dans d’autres publications, C de Haseth défend l’idée et l’idéal de la « créolisation » de la société de Curaçao, ce qui l’entraîne parfois à entretenir de vigoureux débats avec ses adversaires. Comme critique littéraire, il apporta une importante contribution au journal local « Amigoe ». Il a aussi été rédacteur en chef du magazine socio-culturel « Kristof ».

 

A partir de 1994 il s’est consacré entièrement à la poltique.

 

Bibliographie romanesque


ROMAN
-  Katibu di shon  (Curaçao. Scherpenheuvel. 1988)

 

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Katibu di shon (1988)  Carel de HASETH

 

Après avoir publié divers recueils de poésie, Carel de Haseth fit paraître un roman, Katibu di Shon (L’esclave d’un maître ) en 1988. En tant que membre de l’élite blanche locale, il abordait un sujet assez délicat dans ce roman qu’il écrivit dans le créole local papiamento : la vie dans une plantation pendant l’esclavage, une révolte d’esclaves sévèrement réprimée, la torture et la peine de mort pour les chefs rebelles, infligées par les autorités blanches .

 

Ce roman de Carel de Haseth prend comme modèle la rébellion historique d’esclaves de 1795 sur l’île de Curaçao. Cependant De Haseth a librement utilisé son imagination littéraire sans toutefois franchir exagérément les frontières de la vraisemblance . Il essaie de peindre la nature complexe des relations entre l’esclave blanc –les propriétaires de plantations- et les esclaves. Sans renier les cruautés et les formes extrêmes d’exploitations, De Haseth s’est concentré sur des coins d’ombres plutôt que sur la description de contraires irréductibles. A cette fin, il s’est efforcé de changer régulièrement de perspective . Les évènements sont vus à travers les yeux du maître blanc, Shon Welmu, aussi bien qu’à travers ceux de Luis, l’un des chefs des esclaves rebelles .
 

Shon Welmu et Luis sont du même âge, ils ont été élevés ensemble sur la même plantation et ont même partagé quelques aventures secrètes d’enfants . Inévitablement , ils étaient tous deux forcés à vivre dans des rôles que la société avait façonnés pour eux. Shon Welmu devint le propriétaire de la plantation des esclaves ; un homme éclairé il est vrai, mais néanmoins propriétaire d’esclaves ; un homme qui ne pouvait échapper aux exigences socio-économiques de l’élite à laquelle il appartenait. D’esclave, Luis se changea en homme révolté, qui dirigea une insurrection . Il est rattrapé, incarcéré, et torturé à mort. En prison, la veille de son exécution, Luis nous raconte son histoire avec ses propres mots. Le même jour, dans sa maison de maître sur sa plantation, Shon Welmu nous raconte aussi la sienne.

 

De Haseth ne nous dépeint pas les deux hommes comme étant l’un une « victime » intégrale et l’autre, un « exploiteur » intégral. Héroïsme et tragédie traversent facilement les barrières ethniques et sociales et se conjuguent dans chaque individu. Comme contrepoids à divers textes littéraires écrits en papiamento  et auxquels il manque de telles nuances , De Haseth met en face à face des hommes différents qui ont vécu dans un réseau compliqué d’interdépendances. Ceci est illustré de façon tangible par la scène où Shon Welmu en rendant visite à Luis en prison , lui donne secrètement un couteau, ce qui permettra à Luis de mettre fin à sa vie avant d’être torturé . De retour chez lui, à la plantation, Shon Welmu ressent alors les affres de la douleur et de l’angoisse . Cependant , le faible mais ineffaçable espoir d’un futur meilleur succèdera peu à peu à ses appréhensions.

 

Ce petit roman fut grandement apprécié dans les Iles sous-le-vent  et De Haseth reçut le prestigieux prix local Cola-Debrot pour son récit. Il y eut quelques légères critiques : le langage de Luis par exemple, semble dépasser les limites de son éducation et par conséquent diminue la vraisemblance pour laquelle ce roman a été tellement apprécié . Quoiqu’il en soit, De Haseth a trouvé en plus de sa poésie , un autre moyen d’exprimer sa conviction que la société de Curaçao ou les sociétés caribéennes en l’occurrence, sont caractérisées par des interdépendances entre les divers groupes ethniques et sociaux et surtout pendant la période esclavagiste, entre maîtres et esclaves. L’un ne peut exister sans l’autre et De Haseth affirme que tout un chacun devrait s’atteler à la lourde tâche de faire avancer ce réseau social vers un équilibre plus juste pour chacun des groupes.  (Curaçao Ed Schergenheuvel. 1988 )

 

Aart Broek

 

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