Roy Aubrey Kelvin HEATH (GUYANA/1926)

Publié le par Association ASCODELA

0085 photo R.HeathNé à Georgetown, au Guyana, le 13 août 1926. Ses parents étaient professeurs. Orphelin de père dès l’âge de deux ans, il fréquentera la Central High School et le Queen’s College de Georgetown, menant avec sa mère une existence très modeste.

 

Dès l’âge de dix-huit ans il travaille comme employé du Trésor pendant sept ans avant de partir en 1951 pour l’Université de Londres où il décroche une licence de langues modernes (français) en1956. Il fera ensuite des études de droit et sera inscrit au barreau de Londres (1964) puis de Georgetown (1973), mais il n’exercera jamais le métier d’avocat.

 

Sa carrière d’écrivain commence au début des années 70 avec la publication de quelques poèmes et nouvelles dans des revues du Guyana, de la Jamaïque et de Londres. Son premier roman, A Man Come, paraît en 1974. Il en publiera sept autres, tous situés au Guyana (où il a pris l’habitudes de revenir en vacances) ainsi qu’une pièce de théâtre Inés Combray, créée à Georgetown en 1981. Il prononce des conférences qui seront éditées en 1981. Il a aussi publié un ouvrage autobiographique en 1990.

 

Peintre réaliste et vivant de la ville de Georgetown, évoquée parfois dans son histoire, R.A.K.Heath donne place cependant aux légendes, aux mythes, aux croyances et aux coutumes relevant des héritages venus d’Afrique, d’Inde ou des Amérindiens.  Ecrivain parfois ironique, d’une écriture retenue, il met à jour les préjugés raciaux et sociaux et présente des personnages complexes et contradictoires, souvent prisonniers de leur passé; héros qui souffrent et qui luttent, en révolte contre les conventions sociales, aspirant à d’inaccessibles refuges.

 

Bien qu’il se définisse comme un « chroniqueur de la vie guyanienne dans ce siècle », R.A. Heath est largement lu à l’étranger parce que, tout en étant enracinés dans la réalité du Guyana, ses romans sont aussi un tableau convaincant de la nature humaine.


Bibliographie romanesque  R. HEATH

ROMANS

-   A Man Come Home (London. Longman. 1974)
-   The Murderer (London. Allison and Busby. 1978. 190 p.)(London. Flamingo.1984)
-    From the Heat of the Day (London. Allison and Busby. 1979. 159 p.)
-    One generation (London. Allison and Busby. 1981. 202 p.) (London.Flamingo.202 p.)
-    Genetha (London.Allison and Busby.1981.185 p.)(London. Flamingo.1984.185 p.)
-      Kwaku, the Man Who Could not Keep His Mouth Shut (London. Allison and Busby. 1982. 254 p.) (London. Flamingo. 1985. 254 p.)
-    Orealla (London. Allison and Busby.1984.255 p.)(London. Flamingo.1986.255 p.)
-    The Shadow Bride  (London. Collins.1988.437 p.)(London. Flamingo.1988.437 p.)
TRADUCTIONS


Français
-   L’assassin (The Murderer)  (Paris. Editions Caribéennes. 1988. 214 p.) Néerlandais
-  De moordenaar (The Murderer) (Weesp. Het Wereldevnster / Den Haa. Novib/Brussel. NCOS. 1984. 185 p.)

 

 

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0043 couvert. L'assassinThe Murderer (1978)

GUYANA

 

Grand comme plus de cent vingt fois la Guadeloupe ou la Martinique, le Guyana a fourni une littérature abondante dont les grands noms sont Mittelholzer, Carew, Harris Braithwaite ou Dathorne. Il faut y ajouter Roy Heath. L’assassin est un des romans les plus remarqués de ce professeur d’université, auteur également de nouvelles et d’essais.

 

Pour ne pas gâcher le plaisir du lecteur éventuel, nous ne parlerons ici ni du crime du héros, ni du sort qui lui sera réservé. Ce roman est une surprenante étude psychologique, menée à travers un récit réaliste plein de retenue, mais d’où l’humour n’est pas absent.

 

Galton Flood est un garçon inexplicablement victime de l’hostilité de sa mère (alors que son frère aîné jouit de tous les droits et de toutes les chances). Est-ce la raison de sa difficulté à communiquer avec autrui, à exprimer aussi bien ses attirances que ses antipathies? Dès le départ, quelqu’un lui lancera ce qui est sans doute sa vérité : « Vous avez horreur de faire face à vos problèmes, vous préférez prendre la fuite ». Toujours est-il que le héros va d’errance en errance, toujours insatisfait des lieux où il réside, des emplois qu’il occupe, qu’ils se situent dans les quartiers de la grande ville ou dans les profondeurs de la jungle guyanaise. Instable, vulnérable, avide d’affection, Galton semble en vérité lutter contre le souvenir de l’ascendant de sa mère, jamais vaincu. C’est ce sentiment qui lui a inspiré son exigence  de la soumission féminine; son geste criminel trouvera là son explication. Mais Galton se révolte aussi contre la pression sociale des usages et des préjugés.

 

On pourrait situer dans cette rigidité et cette exigence de sincérité l’origine du déséquilibre dans lequel glisse lentement le héros, mais en réalité celui-ci nous reste impénétrable, tant l’auteur aura su laisser à son personnage tout son mystère humain. Nous comprenons néanmoins que, dans cette histoire, Galton est autant le meurtrier que la victime.

 

Analyse psychologique, L’assassin est également une description vivante du Guyana. Images de Georgetown avec les navires quittant le port, les villas écartées, les taudis des quartiers pauvres, les scieries; images de  la brousse avec le vol silencieux des papillons ou la fuite bruyante  des oiseaux sur le fleuve. Pour nous, il y a plaisir à découvrir dans ce récit du Guyana, cette planète lointaine et inconnue pour beaucoup d’entre nous, des scènes étonnamment familières, des comportements et visages tellement semblables aux nôtres qu’on les dirait tirés de notre vie quotidienne.

 

Au-delà de ces différents intérêts, le livre de Roy Heath semble présenter une signification plus largement sociale. Avec cette impuissance à se réaliser, avec cette fuite devant les réalités, l’histoire de Galton Flood représente un cas de la désespérance antillaise : un esprit normal peut-il affronter avec sincérité et lucidité la réalité complexe de nos pays sans vaciller? Galton sombre dans la psychose de l’enfermement (« Bouchez la bouteille! », crie-t-il) et l’auteur clôt son livre sur une image peut-être dénonciatrice: les uns s’attachent à maintenir un ordre dont-ils profitent, tandis que les Galton s’évadent dans les rêves puérils nés de leurs cerveaux fragiles. (Paris. Editions Caribéennes.1988. 214 p.)         

 

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