Fortuné CHALUMEAU (GUADELOUPE:1945)

Publié le par Association ASCODELA

Enregistrer0069 photo F.ChalumeauNé aux Abymes (Guadeloupe) en 1945, il appartient à une très ancienne famille de Blancs créoles installée aux Antilles (d’abord à Saint-Christophe -Saint Kitts- ensuite  à Saint-Domingue, puis en Guadeloupe) dès le XVIIIème siècle. Dès son enfance il manifeste sa passion pour les insectes et son goût pour la lecture. Il fera ses études primaires dans des institutions religieuses à Pointe-à-Pitre puis à Basse-Terre, et ses études secondaires au Séminaire Collège de Blanchet (Gourbeyre), puis au Collège de Massabielle (Pointe-à-Pitre) avant de les achever au Lycée Carnot dans cette même ville. Après son service militaire en France (« une expérience épouvantable »), il doit revenir en Guadeloupe pour épauler son père qui connaît des revers de fortune. Il travaillera comme comptable dans diverses entreprises commerciales.


Il se rend ensuite à Bordeaux où il suit une formation d’expert-comptable. Entré en contact avec une association scientifique à l’Hôtel des Sociétés Savantes, sa vocation pour les sciences naturelles se réveille (« Cela a changé ma vie »). Il décide d’abandonner ses études de comptabilité, pourtant fort avancées, et s’inscrit en faculté des sciences. Ses recherches et ses voyages d’études dans la Caraïbe le conduiront à soutenir avec succès une thèse de doctorat en sciences naturelles (éditée en 1983) sur les scarabées des Petites Antilles.


Il partagera son temps, de 1972 à 1986, entre les finances (il dirigeait un service regroupant plusieurs entreprises) et son laboratoire, l’Institut de Recherches Entomologistes  de la Caraïbe (l’IREC, créé en 1978). Dans ce domaine des sciences, Fortuné Chalumeau a écrit  deux ouvrages, publié des articles et de nombreuses communications, et donné des conférences à l’Université (sans vouloir cependant entrer dans le cursus de l’enseignement en faculté).

 

En 1980, suite à un voyage en Inde (en particulier à Pondichéry) où il découvre Sri Aurobindo et son ashram, il réduit ses activités de comptable et d’entomologiste pour se lancer dans l’écriture. Son premier roman, Le chien des mers, récit d’aventures maritimes dans la Caraïbe au XVIIIème siècle, est publié par Grasset en 1988.

 

Ses nombreuses lectures et ses nombreux voyages (parlant plusieurs langues dont l’anglais et l’espagnol, il a visité la Caraïbe, l’Amérique latine, le Brésil, les Etats-Unis, l’Europe, l’Egypte, l’Inde, le Vietnam, la Thaïlande, etc.) lui ont permis d’amasser une expérience, des connaissances et une vision du monde dont il nourrit ses romans.

 

En 1994 il crée, avec la famille Reimonenq, au « Musée du Rhum », à Saint-Rose, la « Galerie des plus beaux insectes du monde » : environ 185 boîtes vitrées de grand format avec, venus du monde entier, les papillons, coléoptères, etc. parmi les plus représentatifs du monde entomologique. En 1996 sa collection scientifique (500 boîtes vitrées, résultat de vingt années d’études et de voyages, avec des insectes provenant surtout des Antilles et de la Grande Caraïbe), l’une des toutes premières collection pour cette région du monde est cédée par lui , avec l’importante bibliographie ad hoc, au Département de la Guadeloupe (« Une de mes plus grandes déconvenues! Le Conseil Général de l’île, passant outre ses engagements de créer un Musée d’Histoire Naturelle dont j’eusse été le « conseiller scientifique » à titre honorifique, s’est déchargé de la conservation et de la gestion de l’ensemble sur l’INRA de Guadeloupe. En pure perte, eu égard à l’absence de moyens et d’une volonté créatrice… »)

 

Installé en Guadeloupe dans les hauteurs de Sofia à Sainte-Rose, il se consacre à son œuvre d’écrivain, tout en travaillant comme conseiller financier.

 

Bien qu’il revendique son identité de « Guadeloupéen français », Fortuné Chalumeau se considère également comme un « citoyen du monde » et exprime dans ses romans des préoccupations et des curiosités qui dépassent quelquefois le cadre strictement caribéen. Ce sont des récits d’aventures et de mœurs dont les thèmes se veulent résolument universels, rejoignant par là des auteurs caribéens comme Jean Metellus (Une eau-forte) ou Jean-Claude Fignolé (Hofuku) : « Il faut rapporter des faits et décrire des situations qui ne soient pas liées spécifiquement à un lieu, à un cadre unique. Le monde est à notre portée, et la Terre n’est plus qu’un grand village. Pourquoi devrais-je me focaliser sur un seul point du globe? Tant de diversités dans l’unicité : le domaine de la pensée. Et c’est là pour moi l’essentiel. »

 

Outre ses ouvrages, ses articles scientifiques et ses romans, Fortuné Chalumeau , a publié un recueil de nouvelles et participé à des ouvrages collectifs de poésie et de fiction.

 

D’abord ignorée et même frappée d’ostracisme dans les milieux littéraires locaux à cause de son caractère atypique, l’œuvre de Fortuné Chalumeau (où s’exprime dans un style subtil et suggestif son intérêt pour l’histoire, la psychologie, la spiritualité et le mystère des choses ou simplement son observation moqueuse des mœurs) s’impose peu à peu dans le grand public  qui reconnaît son apport particulier à la littérature des Antilles françaises.

 

Bibliographie romanesque

ROMANS

-   Le chien des mers (Paris. Grasset. 1988. 258 p.) (Le livre de poche n° 4364)
-   Pourpre est la mer  (avec la collaboration d’Alain Nueil) (Genève. Eboris. 1995.
     174 p.)
-   Les cavernes célestes (Paris. J.C. Lattès. 1996. 296 p.)(Paris. 2009)
-   Les vents du diable (Paris. Fleuve Noir. 1996. 391 p.)
-   Mille et une vies (Paris. J.C. Lattès. 1997. 329 p.)
-   Eva erotica  (sous le pseudonyme de Yann Morgan) (Paris. J.C.Lattès.1998.239 p.)  
     (Le Grand Livre du Mois. 1998)
-   Hautes Abymes (Paris. J.C.Lattès. 1999. 451 p.) (Le Grand Livre du Mois)
 -  Les chiennes de l’enfer (Paris. Ed du Rocher. 2000. 280 p.)
-   Le chasseur de papillons (Paris. Ed. du Rocher. 2002)
-   La maison du Bois-Debout (Paris. Bibliophages / Daniel Radford. 2002)
-   Désirade, ô Serpente! (Paris. Hoëbeke. 2006. 298 p.)

 

NOUVELLES, RECITS

-   En terres étranges (Genève. Eboris. 1994. 198 p.)


TRADUCTION

-   Le chien des mers  a été traduit en vietnamien

 

 

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Enregistrer0012 Les chiennes de l.Dans la petite île de Madien, resplendissante  « sous les milliers de fleurs »,  préservée comme aux temps originels, Gaël, Adrian et son épouse Chantou s’ébattent en un perpétuel ravissement.

Tout à la joie de servir de guide au jeune couple ami venu de la métropole, Gaël, créole de vingt-sept ans originaire de Guadeloupe, se réjouit de l’arrivée imminente de son adorable fiancée Fanny.

 

Les jours s’écoulent dans l’ambiance exquise de la pension « Aglaë », entre mer, soleil, farniente et dîners aux chandelles au cérémonial immuable, orchestré avec raffinement pour les trois convives et un vieux couple de la Louisiane, tous envoûtés par l’étrange boisson « céréjéina » et les mélodies au piano de Lana, fille aînée de l’énigmatique hôtesse des lieux.

 

La Nature avait semblé vouloir parer la cadette Lydia de toutes les grâces sensuelles d’une beauté sublime, ne réservant à Lana qu’une ingrate apparence de fragilité hautaine, compensée à l’extrême par une intelligence machiavélique et un don exceptionnel de musicienne hors pair.

 

Mais quels terribles secrets unissaient Marina à ses deux filles, en cette aversion viscérale pour les hommes ? En cette macabre mission destructrice où leurs âmes damnées s’adonnaient placidement aux pires sévices ?  A l’évidence, Marina, rongée par un mal « sournois », stoïque face à sa déchéance physique inéluctable, Lydia, jetée précocement en pâture aux perversions bestiales des hommes et Lana, imperturbable initiatrice aux penchants singuliers, arborant sur sa hanche brisée les stigmates horribles d’un viol abject, demeurent à jamais liées par une inextinguible Vengeance.

 

Au fil des jours, Chantou éprouvera la première une oppression diffuse, dans cette île aux relents maléfiques où les navires qui « s’étaient aventurés sans y être invités »  se  retrouvaient brisés, pillés, dispersés…

 

Quand Marcie et Bob, les vieux Cajuns aux regards douloureux, évoquent les noyades tragiques de leur fils Jim et de son cousin Franck, Chantou sent ressurgir en elle les mises en garde de sa grand-mère Rosine et, dès lors, se met en tête de percer les mystères des îles Amirales.

 

D’abord sceptique face aux appréhensions de la jeune femme, Gaël se détache sensiblement de ses amis et même de Fanny, qui le laisse à présent de glace. Il sombre désormais dans la spirale infernale de son irrépressible passion charnelle pour Lydia qui, nuit après nuit, le broie et l’asservit pour l’immoler chaque jour aux rites magico-chamaniques de Lana, véritable prêtresse maudite forçant sa victime pantelante à l’absorption de substances hallucinogènes pour mieux le  « faire pénétrer dans des domaines spirituels hors de la portée du commun des mortels ». Adrian à son tour, hanté par des fantasmes obsessionnels, lutte désespérément pour résister aux formes sculpturales de Lydia toujours moulée dans sa provocante robe de satin rouge.

 

Alors, la mort subite de la petite servante Mina, retrouvée dans les flots, l’hostilité des Amiriens, les exhortations à quitter l’île de Paulo,  « l’homme au visage de pirate » et de la vieille Amirienne à l’épiderme « couleur d’un grain de cacao », la découverte du lagon émeraude tapissé de coquillages et d’ossements, deviennent autant de « preuves » pour Chantou des atrocités secrètes perpétrées par les trois Erinyes d’Aglaë.

 

Lorsque le bateau du retour rejoint enfin l’île de Saint-Vincent, Chantou a déjoué des pièges, mais Gaël, libéré des liens qui le retiennent encore « aux maléfices de la Terre », attend paisiblement  « le moment où enfin il  s’amalgamerait aux divins atomes de l’univers ».
  

Dans ce roman au rythme haletant  s’affrontent dans un combat permanent les forces du Bien et du Mal, du Réel et du Surnaturel. Le lecteur se perd avec une délicieuse angoisse dans les labyrinthes d’une quête existentialiste, comme si l’étrangeté opaque de ces îles méconnues remettait insidieusement en cause ses propres convictions et ses croyance intimes. (Monaco. Ed. du Rocher. 2000. 280 p.)

                                                                               

Jocelyne  Edom

 

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