LES FRERES MARCELIN

Publié le par Association ASCODELA

Enregistrer0081photo Frères MarcelinPierre MARCELIN (1908 - ?)

Au contraire de son frère aîné Philippe, on possède peu de renseignements sur lui. Né à Port-au-Prince le 16 août 1908 dans une famille aisée de diplomates, il fit ses études au Collège Saint-Louis de Gonzague, puis à l’Ecole Industrielle. Après un voyage aux Etats-Unis en 1929, il séjourna pendant un an (1930) à Cuba où son père était diplomate , puis aux Etats-Unis en 1951-1952 . Après avoir travaillé dans le commerce, il écrivit en collaboration avec son frère Philippe trois romans et un recueil de contes.

 

Bibliographie romanesque
Cf.   celle de Philippe THOBY-MARCELIN dont il a co-signé toutes les œuvres, sauf  le roman Tous les hommes sont fous.


Philippe THOBY-MARCELIN  (1904-1975)

 

De son vrai nom Philippe Marcelin. Comme nom de plume il ajouta à son nom le patronyme Thoby en hommage à son oncle maternel Perceval THOBY qui l’avait adopté.

 

Il est né à Port-au-Prince le 11 décembre 1904 dans une famille aisée de diplomates. Il fit ses études secondaires (qu’il terminera à Paris) au Petit Séminaire du Collège Saint-Martial de Port-au-Prince. Puis il obtint un licence de Droit à l’Ecole de Droit de cette ville. Il sera ensuite nommé Secrétaire Général du Ministère des Travaux Publics, poste qu’il occupera pendant de nombreuses années.

 

Opposé à l’occupation américaine il fait partie en 1926 du groupe « nativiste » animé par Jacques Roumain, qui préconisait un retour aux sources africaines et au folklore, tout en développant une attitude anti-européaniste. Avec d’autres écrivains comme Carl Brouard  ou Emile Roumer il défendit l’idée d’un renouveau poétique et d’une étude plus attentive des traditions et coutumes haïtiennes. C’est ainsi qu’il participe à la création de La Nouvelle Ronde, puis de La Revue Indigène (1927-1928) qui défendit les concepts de l’ « indigénisme » et  de l’haïtianité.

 

Il pratique parallèlement le métier de journaliste en collaborant à plusieurs journaux d’Haïti (Le Matin, Le Nouvelliste, Haïti Journal, Le Petit Impartial, etc.)

 

Toujours à la recherche de nouvelles formes d’expression poétique, il s’inspire des poètes noirs américains et voit son œuvre soutenue par l’écrivain français Valéry Larbaud qui fait publier certains de ses textes dans des revues françaises et qui préfacera un de ses recueils.

 

En 1946 il il participe à la création du Parti Socialiste Populaire.

 

Après avoir vécu assez longtemps en France, Philippe Thoby-Marcelin visita également Cuba et s’installa en 1948 aux Etats-Unis où il travailla comme traducteur à la Pan American Union à Washington D.C.

 

Auteur de quatre petits recueils poétiques, Philippe Thoby-Marcelin est surtout connu comme romancier. Avec son frère Pierre Marcelin il a en effet publié trois romans : Canapé-Vert, qui remporta le Prix du Roman Latino-américain (« Latin American Fiction Contest »), La bête de Musseau, tous deux caractéristiques du « roman paysan », Le crayon de Dieu, d’une inspiration légèrement plus sociale et qui passe pour être le plus accompli de leurs romans, et un recueil de Contes et Légendes d’Haïti, d’une grande richesse thématique.

 

Il a signé seul un quatrième roman, Tous les hommes sont fous (posthume, 1980), publié d’abord dans sa traduction anglaise (All Men Are Mad. 1970).

 

Très riche en notations documentaires sur le monde paysan haïtien de leur époque, l’œuvre des frères Marcelin a cependant été critiquée lorsqu’on a voulu y voir un choix de cas exceptionnels, des tableaux d’un naturalisme exacerbé, une utilisation trop racoleuse des coutumes et traditions religieuses haïtiennes envers lesquelles ces auteurs se montrent impitoyables dénonçant les croyances stupides qu’elles génèrent et les sottises auxquelles elles conduisent.

 

Résidant aux Etats-Unis, ils n’ont cependant pas voulu traiter du problème racial, jugeant ce sujet trop politique. 

 

Philippe Thoby-Marcelin est mort aux Etats-Unis, à Syracuse, près de New York, le 13 août 1975.

 

Bibliographie romanesque des Frères Marcelin

ROMANS

-   Canapé-Vert (en collaboration) (New York. Editions de la Maison Française. 1944. 255 p.)
-   La bête de Musseau (en collaboration) (New York. Editions de la Maison Française. 1946)
-   Le crayon de Dieu (en collaboration) (Paris. La Table Ronde.1952)

 

N.B  Philippe Thoby-Marcelin a écrit seul le roman Tous les hommes sont fous publié en français après sa mort (Montréal. Nouvelle Optique.1980. 323 p.)


CONTES

-    Contes et légendes d’Haïti (en collaboration)(Paris. Fernand Nathan. 1967. 250 p.)


TRADUCTIONS

Anglais
-    Canapé-Vert (New York. Farrar and Rinehart. 1944)
-    The Beast of the Haitian Hills (La bête de Musseau) (New York. 1946) (London.Victor Gollancz. 1951. 224 p.)(San Francisco. City Lights Books. 1986. 189 p.)
-   The Pencil of God (Le crayon de Dieu)  (Cambridge. Massachusetts. Houghton Mifflin Company / Boston. Riverside Press. 1951. 204 p.)
-   Singing Turtle and Other Tales from Haïti (Contes et légendes d’Haïti) (New York.Farrar, Strauss and Giroux. 1971)

 

N.B.  La traduction en anglais du roman de Philippe Marcelin, est parue avant l’édition française et du vivant de l‘auteur : All Men are Mad (Tous les hommes sont fous) (New York. Farrar, Strauss and Giroux. 1970), de même que sa traduction en espagnol

 

Espagnol
-   Canape Verde (Canapé-Vert) (Buenos-Ares. Ed. Siglo Veinte. 1947)
-    N.B.   Todos los hombres estan locos (Tous les hommes sont fous) (Mexico.1972) (Barcelona. Ed. Navarro. 1973)

 

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0022 couvert. Canapé VertCanapé-Vert (1944)
Pierre MARCELIN (1908-?) et Philippe THOBY-MARCELIN (1908-1975)

HAÏTI


Ce premier roman des frères Marcelin n’est peut-être pas le meilleur de ceux qu’ils ont écrits, mais il reste le plus connu pour avoir obtenu un prix littéraire aux Etats-Unis et donné ainsi ses lettres de noblesse au roman paysan.

 

On peut en effet demeurer embarrassé devant l’absence de structure ferme de l’intrigue si on n’admet pas que les auteurs ont surtout voulu donner à voir et présenter dans le désordre même de la vie et avec son apparente gratuité les différentes facettes mêlées et inattendues de la vie réelle. Ils font donc se succéder des tableaux et des scènes et entremêlent des intrigues diverses. Cependant on peut reconnaître dans ce récit la trame prédominante quoique très ordinaire d’une intrigue amoureuse. Pour plaire  à Florina, Aladin se sépare de Sanite. Mais Florina le délaisse à son tour quand arrive Josaphat, tout auréolé de son exil cubain. Sanite tente vainement (malgré son recours aux pratiques magiques) de reconquérir Aladin et finit par se suicider. Quant à Aladin, devenu fou de jalousie, il va tuer Florina et Josaphat avant de s’enfuir dans le pays voisin de « Dominicanie ». L’autre élément de cohérence du roman est donné par l’atmosphère de malédiction, d’origine surnaturelle, que veulent créer les auteurs. Parce que le hougan (prêtre vodou) a signé un pacte avec le Diable, une série de malheurs va s’abattre sur la communauté de Canapé-Vert : morts brutales, meurtres, suicides, crises de folie, hallucinations individuelles ou collectives vont ponctuer cette histoire.

 

Cette description de l’emprise du surnaturel et la description quasi documentaire des activités et des mentalités rurales font de Canapé-Vert un roman paysan caractéristique. Au-delà des scènes quasi folkloriques qui évoquent  des zombis ou présentent des crises de possession, les auteurs choisissent de rendre compte, de manière très explicative parfois et sans s’attarder à des analyses psychologiques, de tous les aspects de la vie rurale haïtienne. Nous rencontrons les figures traditionnelles de la campagne : le propriétaire, le chef de section, la boutiquière, le hougan. Les différents épisodes du récit sont autant d’occasions de découvrir les paysans dans leurs occupations laborieuses (avec le coumbite), dans leurs moments de détente (les veillées où se déploient les contes, les devinettes et les combats de coqs) et aussi dans les manifestations d’ordre religieux comme les funérailles ou les « services » vodou.

 

Bien d’autres aspects du monde paysan sont évoqués, comme l’allusion au statut de semi-esclaves de ceux qui émigrent pour couper la canne en République Dominicaine ou les querelles de voisinage, « conflits terriens » dont est faite encore l’actualité de la vie haïtienne.

 

Les paysans que présentent les frères Marcelin représentent une humanité simple, fraternelle courageuse et sage, bien qu’ils ne passent pas sous silence les ravages de l’alcool, du jeu et de la superstition dont est victime cette communauté à travers l’action néfaste de quelques individus tel le  « bocor » Tonton Bossa.

 

Un trait intéressant que les auteurs tiennent à faire ressortir dans ce portrait des paysans haïtiens est leur profond attachement à l’Afrique et la « nostalgie persistante » qui s’exprime dans les chants traditionnels repris de génération en génération.

 

Cependant la foi superstitieuse des habitants de la campagne n’obtient aucune grâce aux yeux des auteurs qui, tant au niveau des anecdotes choisies (on voit un paysan admettre qu’il a bien pu se métamorphoser en chat à son insu) que dans leurs commentaires (« c’était à qui sortirait la plus effarante bêtise »), montrent leur agacement devant cette plaie d’un peuple abandonné à l’ignorance.

 

L’ironie des auteurs ne s’en prend pas seulement à cette croyance naïve au surnaturel, on les voit dénoncer par exemple « le français créolisé, lâche et d’une insupportable niaiserie » des rondes enfantines ou remarquer que « les dieux et les croyants n’ont jamais été très férus de simplicité cartésienne ». Démolisseurs de mythes, ils ne voient dans la prétendue « subtilité paysanne » qu’une attitude qui « frise la puérilité ».

 

D’une lecture un peu déconcertante car l’intention descriptive domine dans ce récit désordonné juxtaposant des épisodes différents mettant en scène des personnages dont on ne suit pas les destins particuliers, Canapé-Vert est un roman qui conserve néanmoins les qualités du réalisme et de la vie à cause de l’abondance des éléments observés et du souci des auteurs de révéler, par un emploi sans réserve du vocabulaire local et des expressions créoles, le parler réel de la population qu’il veulent dépeindre.
(New York. Editions de la Maison Française. 1944. 255 p.)

Publié dans ascodela

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