Luis Rafael SANCHEZ (PUERTO RICO/1936)

Publié le par Association ASCODELA

Enregistrer0062 photo L.R.SanchezIl est né le 17 novembre 1936 à Humacao, dans le sud-est de Puerto Rico dans une famille pauvre (son père était boulanger et sa mère couturière). Etudes primaires à Humacao, études secondaires à San Juan à partir de 1948. Inscrit à l’Université de Puerto Rico dès 1955, il manifesta très tôt un intérêt pour le théâtre et  la littérature. Il commence une carrière d’acteur tout en travaillant à la radio. Dès 1959 (il a é 23 ans) il reçoit un prix de l’Ateno Puertorriqueño pour une pièce de théâtre pour enfants.

 

A l’été 1959, grâce à une bourse de l’Université de Puerto Rico il se rend aux USA où il découvre le théâtre de New York et la culture afro-américaine.

 

En 1960 il obtient une licence ès Lettres de l’Université de ¨Puerto Rico. Il fit également des études de théâtre au Mexique où il obtint un prix de l’Institut National de la Jeunesse Mexicaine pour ses performances d’acteur.

 

En 1963 il achève une maîtrise de Lettres à l’Université de Columbia à New York, où il étudia également les techniques de rédaction dramatique et narrative. Aux USA il suivit également les cours de l’Actor’s Studio.

 

C’est en Espagne, à la Universidad Complutense ( Alcala de Henares) de Madrid qu’il décroche en 1976 un doctorat en Lettres et Philosophie avec une thèse sur le nouvelliste portoricain Emilio S. Belaval (thèse publiée en 1979 par l’Institut de la Culture Portoricaine).

 

Titulaire d’une bourse Guggeheim pour des recherches en 1979, il séjournera à Rio de Janeiro et à Berlin.

Entre 1987 et 1998 il partagera son temps entre San juan et New York où il enseigna au City Collège (dont il fut « professeur distingué » en 1991).

 

Au contact de l’Amérique et de la communauté portoricaine et antillaise de New York, il se forgea (« A distance, je comprends mieux certains aspects de mon pays ») une vision plus élargie de l’identité portoricaine, hybride, au-delà de l’hispanisme

 

Il enseigna aussi comme conférencier dans les universités de nombreux Etats américains (New Jersey, Arkansas, Wisconsin, Massachusetts, Californie, Rhode Island, etc.), d’Amérique latine (Pérou, Mexique, Venezuela, Colombie), mais aussi au Canada (Montréal) et en Europe (Espagne, Suisse, Belgique).

 

A Puerto Rico il fut élu « Humaniste de l’année » en 1996 par la Fondation Portoricaine des Humanités.

 

En 1999 il occupe une chaire à l’université de Guadalajara au Mexique.

 

En 2006 il signe la déclaration en faveur de l’indépendance de Puerto Rico du Congrès d’Amérique latine et des Caraïbes.

 

Luis Rafael Sanchez est un écrivain qui a touché à tous les genres: une dizaine de pièces de théâtre très applaudies à Puerto Rico aussi bien qu‘en Espagne (dont la Pasion según Antigona Pérez, inspirée de la vie d’une nationaliste portoricaine contemporaine, œuvre considérée comme un chef-d’œuvre du théâtre latino-américaine), des nouvelles souvent primées, éparses dans des journaux, revues ou anthologies (mais il regroupera en 1966 les textes primés dans le recueil En cuerpo de camisa), de nombreux articles dans des journaux de langue espagnole sur l’art, la littérature, le cinéma, tout comme sur la situation sociale, politique et culturelle (discrimination sexiste et raciale, écartèlement entre deux cultures) de Puerto Rico.

 

Deux romans enfin, ont fait également sa célébrité à Puerto Rico comme à l’étranger:  La guaracha du macho Camacho (1976), tiré d’une nouvelle parue en 1969, satire jubilatoire du malaise des classes moyennes américanisées, renouvelant les techniques narratives traditionnelles, d’un style baroque et d’une remarquable acrobatie verbale, rythmique et langagière. De la même veine sera La importancia de llamarse Daniel Santos (1988);

Luis Rafael Sanchez  est professeur émérite de littérature au Département d’Etudes Hispaniques de l’Université de Puerto Rico (à Rio Piedras) et depuis 1981 il détient une chaire spéciale à l’Université de la ville de New York. Mais il a déclaré qu’il vivait une « extraordinaire tension » entre le fait d’enseigner une littérature qu’il ne prenait pas pour modèle et son désir de pratiquer une littérature déconstruite.

 

Ecrivain de stature internationale, il est considéré comme le plus grand dramaturge portoricain contemporain et une des figures majeures des Lettres contemporaines à Puerto Rico.


Bibliographie romanesque

ROMANS

-   La guaracha del macho Camacho (Buenos Aires. Ediciones de la Flor.1976.1980.
     256 p.) (La Habana. Casa de las Americas. 1986.258 p.) (Rio Piedras. Editorial
     Edil. 1976. 258 p.)
-   La importancia de llamarse Daniel Santos (Rio Piedras. Ed. Edil. 1988. 212 p.)
     (Mexico. Ed.Diana.1989. 204 p.)
-   Indiscreción de un perro gringo  (2007)


NOUVELLES

-    En cuerpo de camisa  (Buenos Aires. Ediciones Lugar. 1966. 93 p.) (Rio Piedras.
      Editorial Antillana. 1971. 78 p.) (Rio Piedras. Ed.Edil. 1971. 85 p.)


TRADUCTIONS

Français
-   La rengaine qui déchaîne Germaine (La guaracha del macho Camacho) (Paris.
     Gallimard. 1991. 223 p.)

Anglais
-   Macho Camacho‘s Beat (La guaracha del macho Camacho) (New York. Pantheon
    Books. 1980. 211 p.)

 

La guaracha del macho Camacho a également été traduite en allemand, en grec, en portugais, en néerlandais, en portugais et en roumain.

 

La rengaine qui déchaîne Germaine. Luis Rafael SANCHEZ 

La guaracha del macho Camacho (1976)

PUERTO RICO


Voici  un roman peu habituel qui nous vient des Grandes Antilles. Véritable régal de style, cet ouvrage nous prouve que la littérature caribéenne a plus d’un tour dans son sac.

 

Une histoire simple pour une violente satire de nos sociétés. Un embouteillage monstre à San Juan  et c’est toute une galerie de portraits hallucinants de vérité qui défilent à travers le miroir déformant de la salsa que distillent chaque jour de midi à minuit toutes les radios de l’île. C’est la classe moyenne passée au crible, avec ses divergences, son mal-vivre des faubourgs, ses machos, ses putains, sa gouaille, ses snobs, ses fils à papa en bagnole de luxe, ses bourgeoises acariâtres et désoeuvrées, ses matrones. Mais au rythme de la salsa, cette musique qui embrase la Caraïbe, les voilà tous qui gesticulent, comme des marionnettes grotesques mues par un seul fil, celui de « La guaracha du macho Camacho », cette salsa qui noie les difficultés de l’existence, celle qui vous soûle et peu à peu impose l’oubli.  L’auteur décrit avec humour, mais sans complaisance, cette part de la mentalité caribéenne engluée dans l’inutile, les chansons débiles, la java permanente, et qui accepte comme une fatalité toutes les inadvertances de la vie. Mais « la vie est un truc hyper ! ».  On ne peut s’empêcher de penser à Kundera pour la fonction politique des rengaines mielleuses qui procurent le rire et l’oubli.

 

Mais le véritable tour de force de ce roman reste sans conteste la langue. Acrobate des mots, l’auteur se livre à des élucubrations linguistiques où les métaphores, les néologismes, les calembours et les répétitions se bousculent à la manière surréaliste, sur un rythme de salsa. Le lecteur doit se plier à une dure gymnastique cérébrale, pour pénétrer cette jungle verbale. Le texte démarre à fond la caisse,  chahute, vocalise à gorge déployée, freine, repart, hoquète comme ces bagnoles coincées dans l’embouteillage. Alors, à bout de souffle, tout devient rond, voluptueux. Puis « trois petits tours, demi-tours », la sueur qui dégouline, ça repart de plus belle sans crier gare sur un rythme enfiévré.

 

Telle une salsa piquante, l’écriture de L.R.Sanchez fait trémousser le corps. Rengaine répétitive, elle transporte, met en transe, énerve, irrite, mais on jubile et on en redemande car c’est hélas bon comme la salsa. Il faut saluer la traduction française qui a su restituer la richesse, le foisonnement et les tournures d’esprit de la langue espagnole originale pour nous offrir ce pur exercice de style.

 

Toutefois, si la salsa est accessible à tous, ce roman, par son originalité linguistique reste d’une lecture difficile. Cela vaut cependant la peine d’essayer. C’est décapant, hilarant et change des ouvrages trop linéaires que l’on nous offre habituellement. C’est un fait, la littérature caribéenne n’a pas fini de nous surprendre. (Paris. Gallimard. 1991. 224 p.)

 

Mireille Bandou.

 

........................................................................................................................................................................................................................

 


Enregistrer0010 La rengaine quiLa rengaine qui déchaîne Germaine. Luis Rafael SANCHEZ 

 

Luis Rafael Sanchez a donné le titre d’une chanson à succès à ce roman. Ce rythme, la guaracha, ressemble à celui de la salsa, plus connue.

 

Nous sommes à San Juan de Puerto Rico, il est 17 heures et un embouteillage gigantesque paralyse le centre-ville. L’auteur en profite pour faire une série de portraits. Le seul lien entre les personnages, c’est l’embouteillage; ils y sont coincés ou attendent quelqu’un qui s’y trouve, comme le psychiatre dont le cabinet se trouve dans une avenue embouteillée ou le petit mongolien qui mourra écrasé par une voiture.

 

L’autre fil conducteur du roman, c’est la rengaine. Tous la connaissent par cœur puisque, omniprésente, elle envahit la ville, les corps et les esprits.

 

Les personnages ont presque tous une autre caractéristique en commun : leur appartenance à la classe moyenne. Un fils à papa est très en colère car sa Ferrari chérie (« Notre Ferrari qui est sous la véranda, que Ton Nom soit sanctifié ») dit-il est faite pour foncer, pas pour faire du sur-place. Un sénateur va rejoindre sa maîtresse, belle jeune femme qui aspire à devenir actrice et qui, en attendant, « aime lui pomper les poches ». Ce qu’elle aime, c’est « l’hypnotiser du portefeuille ».  Une femme du monde a une crise de nerfs spectaculaire chez son psychiatre à la mode: « elle ne supporte pas une minute d’angoisse : pas de douleur, pas d’affliction, pas de misère, pas de tristesse : « moi, je ne suis pas venue au monde pour ça ». La mère pauvre d’un enfant mongolien maltraité par d’autres enfants parle de sa vie : « C’est un envoûtement qu’on m’a fait à moi et c’est le gamin qui a trinqué ». Sur plusieurs chapitres, tous les personnages pensent à leur passé, revivent leurs frustrations, s’impatientent, envisagent leur avenir. Leurs préoccupations sont celles de la classe moyenne : la réussite, l’argent, l’apparence, le sexe, l’insatisfaction qui saisit certains.

 

N’appartenant pas à ce monde et sans espoir d’y entrer, l’enfant pauvre et mongolien sera victime d’un accident; le seul souci du responsable sera de laver sa Ferrari tachée après le choc.

 

Pourtant c’est la rengaine, personnage central, qui domine les autres. Elle entraîne tout et tous sur son passage et rien ni personne ne lui résiste. Latine par excellence dans ce paradis américain, elle s’impose par son rythme de salsa. Tous ensemble, les corps se trémoussent presque mécaniquement; bien sot celui qui résisterait à une telle cadence. Pourtant ce rythme est trompeur, qui fait oublier les problèmes et qui, martelé jusqu’à l’abrutissement, aveugle au point de laisser croire que « la vie c’est un truc hyper », comme le clame la chanson à longueur de journée.

 

La structure elle aussi se plie au rythme de la salsa : un portrait, une réflexion qu’assène le présentateur de la radio à partir de la chanson, une strophe, un refrain. Quant au style, éblouissant, il est également imprégné du rythme endiablé et contagieux de cette musique; du premier au dernier mot, l’auteur ne nous laisse pas reprendre notre souffle. Le vocabulaire est cru, les phrases coupées net, comme par  de violents coups de freins. Le lecteur, dans le fracas des mots, ne peut enfin se reposer qu’en refermant le livre. Jeux de mots, nombreuses références littéraires et culturelles accentuent la jubilation destructrice et hilarante de l’écriture.

 

L’embouteillage et la rengaine permettent à l’auteur de dresser un panorama critique de la société portoricaine à la fois figée et trépidante. Elle refuse de s’interroger sur elle-même et préfère se laisser entraîner par un rythme artificiel et abrutissant. Même si le roman exige un effort du lecteur pour suivre un tel rythme, La rengaine qui déchaîne Germaine vaut sans conteste le détour  (Paris. Gallimard. 1991. 224 p.)

Publié dans ascodela

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article