Namba ROY (JAMAÏQUE/191O-1961)

Publié le par Association ASCODELA

0086 photo N.RoyDe son vrai nom Roy Atkins Nathan, il est né à Kingston, en Jamaïque, le 25 avril 1910. Il passa une grande partie de son enfance entre Kingston et Accompong , village dans la région montagneuse du Cockpit Country, le pays des Marrons (1).Une tradition familiale veut que les siens descendent de Marrons d’origine congolaise.

 

Son père était sculpteur traditionnel. Dès l’âge de onze ans, il fut initié par son père, son oncle et son grand-père aux traditions de son peuple Marron, aux récits et aux symboles de l’Afrique.

 

A la déclaration de guerre Namba Roy s’engage dans la marine marchande et rejoint l’Angleterre. Atteint d’un ulcère il fut démobilisé en 1944 et demeura en Angleterre, travaillant à Londres.

 

Dans les années 50 il se maria à une actrice anglaise (ils auront deux filles et un garçon) et il change de nom. Travaillant très dur pour entretenir sa famille, il se consacre aussi  à l’écriture littéraire, et avec succès, à la sculpture (sur ivoire, résine et bois) et à la peinture (gouaches principalement). Il organisera des expositions à Londres et à Paris. Son art reprend les thèmes traditionnels  africains ou bibliques et célèbre la race noire. Il fera paraître dans une revue un article sur la sculpture de l’ivoire.

 

Namba Roy était représentant officiel des Marrons Accompong en Grande-Bretagne et on lui confia des documents concernant les Marrons, datant du XVIIIème siècle.

 

Son second roman, Black Albino, véritable document sur les Marrons jamaïcains et plaidoyer contre le racisme parut quelques mois avant sa mort survenue le 16 juin 1961. Son premier roman, No Black Sparrows  ne fut publié que plus de vingt ans après sa mort. Il met en scène des enfants orphelins colporteurs (aiguilles, épingles et lacets) dans les rues de Kingston et évoque de manière fascinante la société jamaïcaine des années 30.

 

(1) anciens esclaves noirs fugitifs vivant libres en communauté

 

Bibliographie romanesque


ROMANS

-   Black Albino (London. New Literature. 1961. 206 p.) (Harlow. Longman. 1968.1971.1986. 256 p.)
-   No Black Sparrows (London. Heinemann. 1989. 256 p.). Publication posthume du premier roman de Namba Roy.

 

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Enregistrer0009 Black AlbinoBlack Albino I. Namba ROY  (1961)

JAMAÏQUE


La soudaine apparition d’Albino  dans un de ces villages de Marrons des hauteurs de la Jamaïque où se réfugièrent au XVIIIème siècle des  esclaves noirs fugitifs est un signe.

 

Ce village est un lieu géométrique où nous autres Antillais aimons retrouver toujours intacte dans la fiction d’un roman notre culture et notre civilisation au carrefour des métissages des civilisations amérindienne, européenne, africaine et asiatique. Ce qui nous passionne et nous déroute aussi, c’est le parallélisme des trajectoires des esclaves fugitifs qui se déroulent simultanément dans toutes les îles antillaises. Ce roman montre aussi que cette quête passionnée d’un destin commun conduira certainement un jour à la marche plus assurée vers ce destin.

 

Que s’est-il passé exactement dans cette chefferie de Marrons? Le jeune guerrier Tomaso, chef d’une des communautés de Marrons à la Jamaïque rentre dans son village après un dur combat contre Lago, un de ses meilleurs lieutenants, qui l’a insulté  dans sa virilité, pour apprendre que la jeune Kisanka, sa « Petite Ombre », vient enfin d’avoir un enfant. Ce fils tant attendu est un albinos. Lago, le rival de  son père, va s’évertuer à persuader les villageois que le petit Tamba est la source de tous les maux qui s’abattent sur les collines où ils ont trouvé refuge. Tout ceci aiguise le conflit, sur la terre jamaïcaine, entre deux chefferies africaines pourtant en lutte contre l’oppression et l’esclavage. Mais le camp du Bien ne cesse de marquer des points, et malgré la décadence prononcée de la vie sociale et l’inquiétant misérabilisme ambiant, c’est vers la rédemption que cette pénible ascension dans les montagne nous conduit.

 

Tomaso et sa famille seront frappés d’ostracisme par la majorité des Marrons, mais il conserve de fidèles partisans : Tahta, le vieux guerrier guérisseur, qui possède la science médicale traditionnelle africaine, mais qui est aussi imbu des connaissances scientifiques de ses anciens maîtres; son jeune ami Quame; Jacob le mulâtre auquel son anglais pourtant approximatif ouvre les portes de certains quartiers des villes sans difficultés car il peut passer pour un domestique; Kunse, l’amie de Kisanka, qui adore Tomaso et qui est prête à tout lui sacrifier.

 

Le jeune Tamba est toujours en butte à l’hostilité des autres enfants du village, mais Manda, la petite orpheline aveugle que Tomaso et Kisanka vont recueillir, lui sera d’un grand secours spirituel et moral, surtout aux heures de grande solitude, quand les enfants seront séparés pendant plusieurs mois de leurs parents égarés dans la forêt.

 

Le village des Marrons va être détruit. Cette retraite quasi inexpugnable, qu’une demi-douzaine de femme auraient pu défendre en lançant des pierres contre les attaquants, va être livrée aux Blancs par Lago qui en connaît la configuration et dont la traîtrise est immense.

 

La bravoure, la hardiesse et une bataille acharnée vont cependant mener les Marrons à la victoire et le traître Lago lui-même va se racheter au prix de sa vie.

 

Ce roman historique et romantique est une histoire simple de braves guerriers et de conflits internes qui nous mène à un dénouement sans surprise. Le ton des dialogues est très juste et l’utilisation du tutoiement « Thee » ou « Thy » qu’on emploie pour s’adresser à Dieu et que l’on trouve dans le style biblique nous rappelle que ce roman est la traduction anglaise d’un conte oral qui aurait été transmis en langue africaine.

 

Tout ceci s’ajoute à la dignité et à la sérénité d’un récit d’hommes partis à la conquête de leur liberté.

Ce roman n’existant qu’en version anglaise, il y aurait un intérêt immense pour la culture antillaise et africaine de la traduire en français. De même, une adaptation à l’écran amplifierait et renforcerait le message de ce roman en reconstituant la vie spartiate des Marrons au sein de villages perdus dans les forêts denses et luxuriantes ou perchés au sommet des Montagnes Bleues. (Harlow. Longman. 1961. 206 p.)

 

M.P.


Black Albino II. Namba ROY  (1961)

A la Jamaïque, au XVIIIème siècle, le jeune guerrier Tomaso, chef d’une des communautés de Marrons rentre dans son village après un dur combat contre Lago qui l’a insulté. Il apprend que Kisanka, sa   « Petite ombre » vient  enfin d’avoir un enfant. Ce fils tant attendu est un albinos.  Lago va  réussir à persuader les villageois que le petit  Tamba est la source de tous les maux qui s’abattent sur les collines où ils ont trouvé refuge. Tomaso et sa famille seront mis à l’écart. Mais beaucoup resteront fidèles à leur ancien chef :  Tahta,  vieux guerrier, mais  également habile guérisseur et conteur des traditions africaines, le jeune Quame, Jacob le mulâtre et Kumse, amie de Kisanka, qui adore Tomaso.  Tamba, l’enfant rejeté, va pourtant trouver une grande aide morale en Manda, une petite orpheline aveugle. Le village va être détruit, livré aux Blancs par Lago. Pourtant la bravoure, la hardiesse vont triompher et même Lago va se racheter au prix de sa vie.

 

Né à la Jamaïque, Namba Roy a grandi dans une famille descendant de Marrons conteurs et sculpteurs, talents qui seraient dans la famille depuis  deux cent cinquante ans.  Installé en Angleterre après la Seconde Guerre Mondiale, il va vivre avec difficulté, peignant, sculptant et écrivant. Namba Roy a commencé à écrire dans les années 50. Black Albino a été publié quelques mois avant sa mort.

 

Sans aucun doute, ce roman renferme des inforMations sur la vie des premiers Marrons transmises oralement à l’auteur. Mais comme représentant officiel des Marrons Accompong de Jamaïque en Grande-Bretagne, il a eu accès à certains documents d’époque. Le roman, historique et romantique, ne dépasse pas l’histoire de braves guerriers et de conflits internes. C’est un récit simple, sans surprises où l’on a aucun doute sur sa conclusion.

 

Mais le langage des dialogues est des plus réussis : tout y est dit avec cérémonie, révérence ; même les insultes sont tournées de façon courtoise.  L’abondance des  « Thee » et des  « Thy » nous rappelle qu’il s’agit d’une époque révolue, mais suggère que le dialogue que nous entendons n’est que la traduction d’une langue africaine, tout en donnant une plus grande dignité à ces hommes qui viennent de conquérir leur liberté.

 

Ce roman gagnerait à être traduit et ferait même un bon film. (Harlow.Longman.1986.206 p.

M.A.

Publié dans ascodela

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