Samuel SELVON (TRINIDAD/1923-1994)

Publié le par Association ASCODELA

0088 photo S.SelvonIl est né à San Fernando, dans le sud de Trinidad le 20 mai 1923, d’un père indien et d’une mère mi-écossaise mi-indienne, dans une famille de petits commerçants. Après des études primaires dans une école de la mission canadienne, il fit ses études secondaires jusqu’en 1938 au Collège Naparima (dépendant également de la Canadian Mission) de San Fernando. Sa famille ne put lui offrir d’études supérieures. Elevé dans une communauté multiraciale, il resta indifférent à la religion et aux coutumes hindoues. Il se considérera toujours comme un Indien créolisé.

 

Après avoir été employé chez un vendeur de voitures, puis dans une raffinerie de pétrole, il s’engagea, lors de la Seconde Guerre mondiale, dans la Royal Navy Reserve de Trinidad et servit comme opérateur sur des dragueurs de mines et des torpilleurs, de 1940 à 1945. C’est une époque où il lit énormément et où il se sent une vocation d’écrivain.

 

Après la guerre, il entra dans le journalisme et devint responsable des textes de fiction dans le Guardian Weekly, supplément littéraire du Trinidian Guardian. Il occupe ce poste, écrivant des poèmes et des nouvelles pour la revue BIM et la BBC, jusqu’en 1950, année où émigre en Grande-Bretagne (voyageant en compagnie de George Lamming).

 

A Londres, tout en occupant un emploi à l’ambassade de l’Inde, il commença à publier dans des journaux des articles et des nouvelles, et fit paraître en 1952 son premier roman, A Brighter Sun. Ce livre fera date dans l’histoire du roman caribéen anglophone et la suite de ce « child novel » paraîtra en 1958 sous le titre Turn Again, Tiger. En 1953-1954, atteint de tuberculose, il restera hospitalisé durant quinze mois.

 

Dès 1954  Samuel Selvon devient écrivain à plein temps et commence à recevoir des distinctions littéraires (dont la Humming Bird Medal for Literature du gouvernement trinidadien). On lui comptera cinq romans, un recueil de nouvelles, trois ouvrages pour l’enseignement. Dans certains de ses textes (Lonely Londoners.1956), il s’inspire largement du dialecte trinidadien.

 

Marié une première fois en 1947, puis divorcé, S.Selvon s’était remarié en 1963 avec une Indienne. A partir de 1972 il enseigne la littérature ou l’ « écriture créative » (creative writing)  dans diverses universités (Californie, Ecosse, Angleterre), et prononce des conférences dans différents pays (Guyana, Jamaïque, Barbade, Trinidad, Danemark, Pays-Bas, Etats-Unis).

 

Il publia encore trois autres romans, puis, après avoir vécu vingt-huit ans au Royaume-Uni, s’installa en 1978 au Canada  (à Calgary, dans la province d’Alberta) où il écrivit le roman Moses Migrating (1983) qui reprend le personnage  central de Moses Ascending (1975). Tout en enseignant à l’université au Canada, mais en assurant également des cours et en prononçant des conférences au Canada, aux USA et dans la Caraïbe, il écrira un essai, des pièces de théâtre, des scénarios de films, des pièces ou des sketches pour la radio et la télévision.

 

Il est mort au Canada le 24 juin 1994. Il avait adopté la nationalité canadienne.

 

Bibliographie romanesque

 

ROMANS

- A brighter Sun (London. Wingate. 1952. 256 p.) (New York. Vicking Press. 1953) (London. Port of Spain. St Andrews. Longman Caribbean. 1971. 1978. 245 p.) (Washington D.C. Three Continents Press. 1979)
- An Island Is a World  (London. Wingate. 1955. 258 p.) (Toronto. TSAR. 1994.256 p.)
- The Lonely Londoners (London. Wingate. 1956. 171 p.) (New York. St Martin’s Press. 1957)(London. Mayflower Books. 1966. 125 p.) (London.Longman.1972.1978.1979 125 p.)(Washington D.C. Three Continents Press. 1979)(Toronto.TASR. 1991. 125 p.)
- The Lonely Ones (autre titre pour le précédent roman) (London. Digit.Brown. Watson. 1959)
- Turn Again, Tiger (London. Mac Gibbon and Kee. A958. 219 p.) (New York. St Martin’s Press.1959)(London. New England Library. 1962.191 p.) (London Four Square. 1962) (London. Heinemann. 1979.1983. 182 p.)
- I Heard Thunder (London. Mac Gibbon and Kee. 1963. 192 p.)(New York. St Martin’s Press. 1963)
- The Housing Lark (London. Mac Gibbon and kee. 1965. 155 p.)(Washington. D.C.Three Continents Press. 1990)
- The Plains of Caroni (London. Mac Gibbon and Kee. 1970. 160 p.)
- Those Who Eat the Cascadura (London. Davis Poynter. 1972. 182 p.) (Toronto.TSAR. 1990. 1994. 182 p.)
- Moses Ascending (London. Davis Poynter.1975. 149 p.) (London. Wingate. 1975) London. Heinemann. 1984. 140 p. / 1989. 128 p)
- Moses Migrating (London. Longman. 1983. 186 p.)(Washington. D.C. Three Continents Press. 1991)
- Eldorado West One (Leeds. Peepal Tree. 1988)

 

NOUVELLES

- Ways of Sunlight (London. Mac Gibbon and Kee 1958 188 p.)(New York. St Martin’s Press 1958) (London.St Andrews. Longman. 1973. 1978. 1979.188 p.)(Washington. D.C. Three Continents Press 1979)

 

TRADUCTIONS

Français
-  L’ascension de Moïse (Moses Ascending) (Paris. Editions Caribéennes.1987.186 p.)

 

Allemand
-   Kehr um, Tiger (Turn Again, Tiger) (Wiesbaden. Brockhaus. 1960. 281 p.)(Berlin.Darmstadt. Wien. Dt. Buch Gemeinschaft. 1965. 257 p.)

 

 Italien
-   Ascesa di Moses (Moses Ascending) (Messina. Marina di Patti Pungitopo.1992.152 p.)

 

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Enregistrer0005 L'ascension de M.L’ascension de Moïse. Samuel SELVON

Moses  Ascending  (1975)

TRINIDAD


Samuel Selvon était un écrivain d’origine indienne auteur d’une dizaine de romans et de nombreuses nouvelles. Grand voyageur, il s’était fixé au Canada après avoir vécu une trentaine d’années à Londres. L’ascension de Moïse est tiré de cette expérience londonienne. C’est un roman humoristique et satirique.

 

Après des années d’habitat en sous-sol, Moïse, un Trinidadien installé à Londres, est en mesure d’acheter un vieil immeuble promis à la démolition. Il va en occuper le dernier étage (ascension sociale oblige) et louer des chambres à d’autres immigrés venus du monde entier. Etant devenu propriétaire, il tient également à devenir un maître; et il prend un serviteur, un Vendredi blanc en la personne de Bob, provincial émigré des Midlands, qui doit le décharger des préoccupations  bassement matérielles de la gestion et de l’entretien. Moïse aura un certain mal à tenir à distance son ami Galaad, le militant du « Pouvoir Noir ». Autour de Moïse gravite également Brenda, Antillaise née en Angleterre, autre militante du Parti et qui introduit dans le récit une touche de sexe.

 

Après avoir gouté aux joies du farniente, Moïse décide d’écrire ses  « mémoires », ce qui le conduit à mener des « enquêtes » auprès de ses locataires, puis des membres du « Pouvoir Noir ». Il se trouvera embringué dans des situations dont il vaut mieux laisser au lecteur le plaisir de découvrir l’inénarrable imbroglio.

 

Ouvrage divertissant, le livre de Samuel Selvon est également un document social car il évoque l’existence picaresque des immigrés antillais à Londres, astreints à la recherche perpétuelle de logements, de travail et…de femmes. Mais l’intérêt humain n’est pas le moindre: le lecteur se voit confier toutes les réflexions, tous les aveux du héros qui, confronté aux problèmes des autres immigrés, évoluera d’une neutralité égoïste à un engagement réel. On le voit d’abord dédaigner le combat politique ou social et se laisser aller aux facilités de la corruption puis, découvrant les brutalités de l’injustice, se révolter et s’impliquer dans le combat pour ses frères en donnant généreusement son temps et son argent. Moïse gagne ainsi la sympathie du lecteur. Il nous émeut encore par son authentique désarroi d’écrivain quand il est atteint au plus profond de lui-même par les critiques négatives de Brenda sur le texte de ses « mémoires ».

 

Le fond du livre est donc sérieux. Par moments le voile du rire se déchire, et Selvon lance de féroces coups de pattes, allusions aux atrocités de la traite négrière ou aux humiliations racistes. Mais de la même manière il rappelle leurs défauts aux Antillais qu’il connaît bien.

 

Le tout est lié dans une langue récrée par Selvon, qui tente de constituer en forme littéraire le parler antillais. Ainsi chacun de ses protagonistes a son style et celui de Moïse écrivain est truffé d’incorrections et d’expressions que la traductrice restitue en employant des termes de créole guadeloupéen du plus savoureux effet.

 

On comprend pourquoi Selvon est un des auteurs  plus lus de la Caraïbe anglophone. Son livre est une lecture agréable et facile. Eclats de rire garantis, avec juste ce qu’il faut de gravité et d’émotion. (Paris. Editions Caribéennes. 1987. 187 p.)

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