Willem Eligio KROON (CURAÇAO/1886-1949)

Publié le par Association ASCODELA

Né à Curaçao le 1er décembre 1886. Il travailla toute sa vie comme un artiste indépendant. Kroon fut un des premiers romanciers à écrire en papiamento. Il défendit avec force le catholicisme romain dans ses romans, sa poésie et dans ses nombreux articles parus dans les journaux locaux. Dans les années 30 cependant il rompit bruyamment avec la Mission catholique locale. Il s’en suivit un certain nombre d’articles ouvertement critiques vis-à-vis de cette Mission. Sans jamais quitter l’Eglise catholique, Kroon cessa de la défendre dans ses écrits. Dès les années 30 il joua aussi un rôle très actif dans la montée du syndicalisme ouvrier.

Il est mort à Curaçao le 26 janvier 1949.


Bibliographie romanesque

 

ROMANS

-  E no por casa ( Curaçao. « La Cruz » (1) 10.I - 14.III.1923). Première édition en volume in W.E.Kroon. Dos novelas pp.3-75. Curacao. sans éd. 1927)
-  Giambo bieuw ta bolbe na wea (Curaçao. « La Union » (1) 30.X.1924- 26.III.1925). (Première édition en volume: Curaçao. Imprinta di vicariato.1928.170 p.) (Curaçao.sans éd. 1956) (Curaçao. Servicio di Ensenansa i Kultura di Gobiernu Insular di Korsou. 1979.104 p.)
-   Mientrastanto anochi n’sera, careda n’caba (Curaçao.« La Union ». 29.X.1925-25.III.1926)
-  Mester a deré, promé el a drenta na casa (Curaçao. « La Union ».25.XI.1926-27.I.1927). Première édition en volume in W.E.Kroon. Dos novelas. (Curaçao.sans éd. 1927)
-   Dos novelas: E no por casa /Mester a deré, promé el a drenta na casa (Curaçao. sans édit. 1927)
-   Un diamante cu ta hunga sconde (Curaçao. « La Union ». 29.IX- 1.XII.1927)
-   Vengaza di amor (Curaçao. »La Union ». 1.III - 31.X.1928) (Première édition en volume: Curacao. sans éd. 1931)
-   Castigo di un abuso (Curaçao. »La Union ».7.XI.1929-3.VII.1930) . Réimprimé en livraisons dans « La Union ». 31.X.1935-28.V.1936)
-   Yiu di su mama o Castigo di un abuso (t.1 sans éd. 1947? . 35 p.) (t.2 Korsou Drukkerij Scherpenheuvel. 19... 78 p.)
-    Su unico amor (Curaçao. sans éd. 1946 ou 1947)

 

(1)   « La Cruz » et « La Union » étaient des hebdomadaires rédigés entièrement en papiamento et qui offraient des livraisons de romans inédits, en particulier pendant les années 20 et 30. Ces romans à thèse  dont le but était de maintenir la classe ouvrière naissante dans la mouvance de la morale chrétienne, étaient écrits par des auteurs originaires de Curaçao et de Bonaire dont, par conséquent, la langue maternelle était le papiamento.

 

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E no por casa . Willem E. KROON  (1923)

 

Une des premières remarquables controverses sur l’homosexualité féminine dans les écrits littéraires caribéens a eu lieu à Curaçao. Entre le 10 janvier et le 14 mars 1923, l’hebdomadaire catholique local, « La Cruz », publia en feuilleton E no por casa, un des premiers romans à thèse écrit en papiamento par Willem E.Kroon. En raison de son éducation catholique, Kroon y condamne l’homosexualité féminine qu’il qualifie par exemple d’ « amour insensé et impossible » et d’ « amour contre nature ». Voici le résumé de ce roman.

 

Guillermo, un jeune cordonnier orphelin, déclare son amour à une jeune orpheline, Cécilia. Une femme mûre et relativement riche, Josefa, qui avait pris en charge l’orpheline et son frère aîné Henry depuis la mort de leurs parents, s’était servi de son influence et de son argent pour assurer au jeune homme une situation avantageuse en lui abandonnant, pour les besoins de son commerce, le rez-de-chaussée de sa propre maison.

 

Amoureuse de son Guillermo, l’orpheline est tout à fait décidée à répondre à ses avances et à ses propositions. Cependant Josefa est rien moins qu’aimable avec Guillermo. Quant à Henry, il désapprouve aussi sa sœur, en partie parce qu’il a peur de perdre la protection de Josefa, en partie parce qu’il doute de la sincérité de Guillermo.

 

Pour tenter de mettre fin à l’amour entre les deux jeunes gens; Josefa s’efforce de faire croire que Guillermo lui a volé une somme d’argent. A cette fin elle trouve une complice en une jeune femme d’une extrême pauvreté du nom d’Adela. Elle réussit au départ dans son entreprise car Cécilia, bien que convaincue de l’innocence de Guillermo, est obligée d’écarter momentanément toute idée de mariage. Josefa réduit le jeune homme au choix ou bien d’être arrêté ou bien de quitter l’île. Guillermo part pour le Venezuela.

 

Sur ces entrefaites, Adela vient demander à Josefa le prix de son forfait. A cette tentative de chantage, Josefa réagit en essayant d’empoisonner Adela. Celle-ci est retrouvée très malade dans le jardin de Cécilia qui la sauve par des soins immédiats. En présence de la jeune fille et de son frère Henry, Adela accuse Josefa de tentative d’assassinat sur sa personne et de calomnie à l’égard de Guillermo; elle révèle sa participation à ce méfait.

 

Suite à ces aveux Josefa, victime d’une crise cardiaque, demande avant de mourir pardon pour tous ses péchés, dont le plus important est son amour pour les femme en général, et pour Cécilia en particulier. C’est à cause de son amour pour celle-ci qu’elle s’est vivement opposée à son mariage. Cécilia, forte de caractère et d’une moralité éprouvée, n’avait jamais cédé à Josefa, comme Adela semble l’avoir fait. La mauvaise conduite de cette dernière n’est donc pas une surprise. Cécilia connaîtra encore de durs moments, mais finalement elle épousera son Guillermo.

 

Malheureusement E no por casa de Kroon ne nous donne aucun aperçu sur le mode de vie d’une lesbienne dans la société curaçaolaise de l’avant-guerre. Cependant il semble établi à juste titre que les relations lesbiennes se sont manifestées si ouvertement et, du moins, avec une telle étendue, que les missionnaires catholiques et les auteurs locaux ont jugé l’homosexualité féminine comme étant de nature à saper la doctrine catholique ou, comme ils le disaient eux-mêmes, à miner le bien-être moral et social de la population afro-curaçaolaise. (in Dos novelas. Curaçao. 1927. Ce volume comprend aussi le roman Mester a deré, promé el a dentra a casa)  

 

Aart BROEK

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