Il est né le 10 janvier1855 sur une des plus grandes propriétés
esclavagistes (l’esclavage ne sera aboli à Porto Rico qu’en 1873 ) d’Arecibo, « Puente Bagazo ». Son père était également juge et maire de la ville. Parmi ses ascendants on compte des
nobles de haut rang (le duc Renairo Zeno de Venise et les ducs de Gandia de Valencia) et des officiers. On le décrivait comme un homme de taille moyenne, mais de port distingué, aux traits fins,
de teint pâle, avec les yeux bleus, le nez légèrement aquilin et avec une chevelure abondante.
C’était un aristocrate aux tendances démocratiques, d’un abord très courtois. Fils aimant, il fut un époux et un père exemplaire, entretenant avec ses enfants des relations d’intimité et de
confiance absolue.
Son enfance se déroula dans le cadre de la nature (les champs, la montagne, les rivières). Il commença ses études primaires à Arecibo, mais les poursuivit en Espagne, sa famille s’étant établie à
Barcelone en 1866 (le père a été nommé délégué de Porto Rico à l’ « Assemblée de la Péninsule »). A Barcelone il découvre une métropole agitée elle aussi par des revendications
d’autonomie et de liberté et par l’opposition au pouvoir monarchique.
Quand il obtient son titre de bachelier, la famille s’installe à Madrid. Il s’inscrivit en 1870 (il avait quinze ans) à l’université de San Carlos à Madrid où il obtint en 1874 (à dix-neuf ans)
son diplôme de docteur en médecine et en chirurgie. Il fit son internat en France à l’hôpital Saint-André de Bordeaux, puis monta à Paris pour suivre quelques cours pratiques dans les hôpitaux de
la capitale. A Paris il s’intéressera de près à la vie littéraire, découvrant Balzac, Flaubert, Zola et bien d’autres.
A Madrid, quand il était encore étudiant, il avait été parmi les fondateurs d’une Société Scientifique et en 1873 (à dix-huit ans), il avait publié une étude : Influence du climat sur
les maladies de l’homme.
Il avait aussi été membre fondateur de la « Société littéraire des jeunes » qui regroupait notamment des Portoricains et des Cubains. C’est dans ce cadre que naquit son idéal
libéral.
A Madrid Manuel Zeno Gandia rencontra pour la première fois José Marti. C’est également lors de ce premier séjour à Madrid qu’il commença à s’adonner aux Lettres, écrivant des poèmes et des
pensées philosophiques. Il fut l’ami de Luis Bonafoux et d’Antonio Corton, écrivains satiriques portoricains qu’il rencontra dans cette ville.
C’est en 1876 qu’il revint à Porto Rico et commença sa carrière de médecin (il exercera à travers tout le pays, sans résidence fixe, alors que sa famille s’est réinstallée à Arecibo). La même
année il écrit un drame en trois actes, Federico Trank. Comme jeune médecin, il dut affronter une épidémie de variole, puis de fièvre jaune.
Le pays est alors plongé dans une profonde crise économique, sociale et politique, avec les pratiques arbitraires des gouverneurs qui se succèdent. Sur le plan personnel, le jeune homme sera
affecté par la ruine de son père, en difficulté sur sa propriété, par la mort de sa mère en 1879, puis de son frère en 1880, qu’il aura tenté sans succès de soigner (certains voient dans le
meurtre fratricide de La charca une transposition de cet épisode douloureux de sa vie)
En 1881, il retourna en Europe dont il visita plusieurs pays (la Suisse, Monaco, l’Italie et la France, où le naturalisme était à son apogée). En Espagne, il fut le représentant de la presse de
la ville de Ponce lors du centenaire de Calderon de la Barca qui fut célébré à Madrid. Il fut aussi un membre actif du Second Congrès Américaniste qui se tint en Espagne en 1881
également.
Quand il revint en 1882 pour s’installer à Ponce, il se maria. Sept enfants naîtront de ce mariage dont trois garçons et deux filles survivront. A Ponce, Manuel Zeno Gandia exerça la médecine
pendant plus de vingt ans et fut entre autres médecin de la Santé Maritime.
C’est l’époque où il publia une grammaire d’espagnol castillan et une Hygiène de l’enfance
(1887) qui lui valut d’être nommé membre actif de la Société Impériale de Pédiatrie à Moscou.
Avec des amis il créa un périodique scientifico-littéraire, El Estudio, tout en collaborant à d’autres périodiques comme La Revista de Puerto Rico de Ponce, La Azucena, La Revista et d’autres journaux du pays. Dans ce domaine, plus tard, il créera en 1900 La Opinion à Ponce. Il sera le propriétaire et le directeur de La correspondencia de Puerto Rico en 1902. C’est lui qui créera en 1910 l’ « Association de la Presse » qui sera renforcée d’une « Association des journalistes de San Juan » en 1914 (en même temps qu’il crée la même année une « Association des Agriculteurs de Porto Rico »).
En 1887, la situation du pays s’aggravant, Manuel Zeno Gandia, qui avait commencé à s’identifier à son peuple, est délégué à l’ « Assemblée autonomiste » d’où sortira le Parti
Autonomiste.
En 1890 Manuel Zeno Gandia visita en compagnie de sa femme La Havane et New York où il retrouve l’écrivain et patriote cubain José Marti. A New York il publia et fréquenta plusieurs cercles
littéraiires.
En 1898 l’écrivain se trouve à Saint-Thomas pour une assemblée de l’ « Union Autonomiste Libérale » (parti anti-espagnol) quand les Américains envahissent Porto Rico.
Le gouvernement autonomiste auquel participe Manuel Zeno Gandia sera dissous et remplacé par un régime militaire américain.
Avec le célèbre essayiste et romancier Eugenio Maria de Hostos (indépendantiste) et le docteur Julio Henna (partisan de l’annexion de Porto Rico par les USA), il fit partie de la délégation
portoricaine qui se rendit à Washington en 1899 après la guerre hispano-américaine. Il fut chargé de la rédaction des pétitions concernant la monnaie, la banque et le cadastre. Il écrivit en
collaboration l’essai Le cas de Puerto Rico et fut l’auteur de memorandums destinés au gouvernement américain, concernant la protection du sucre et du café portoricains. En 1925 il fut
encore membre de la délégation de l’Association des Agriculteurs de Porto Rico venue présenter des doléances au sujet de la situation économique de l’île. Il joua un rôle actif au sein de cette
association.
En 1902 (à 47 ans), il avait renoncé à sa profession de médecin pour entrer à la Chambre des délégués comme représentant de Arecibo quand fut créé le gouvernement civil.
C’est en 1902 également qu’il achète le journal La Correspondancia, pensant pouvoir continuer la lutte pour son pays par le journalisme. Avec d’autres patriotes , il crée en 1904 le
parti « Union de Puerto Rico » dont il rédige la déclaration de principes.
L’écrivain visite à nouveau New York en 1911.
Sa pensée se radicalise et il se lance en 1912 dans une propagande indépendantiste. Il créera bientôt un Parti Indépendantiste.
Manuel Zeno Gandia a écrit plusieurs études, dont certaines sont restées inédites, sur la préhistoire amérindienne antillaise et les langues amérindiennes, notamment la langue caraïbe. De même il
rédigea un livre sur Les influences des langues d’Europe sur les langues indo-américaines. Il devait tirer de ces travaux des conférences pour l’université de Porto Rico, mais
il en fut empêché par la maladie qui l’emporta.
Il rédigea également des études de paléontologie et de géologie antillaise dans lesquelles il avance de nouvelles théories.
Auteur d’un ouvrage sur le second voyage de Christophe Colomb, il fut à l’origine d’une polémique sur le véritable lieu de débarquement de Colomb à Porto Rico : Aguada ou Guayanilla ?
(cela rappelle la polémique guadeloupéenne similaire : Sainte-Rose ou Capesterre ?).
Un recueil de biographies des hommes célèbres de Porto Rico est demeuré inédit. Il en fut tiré un résumé intitulé Et si nous n’avions pas d’histoire ? (1888)
Manuel Zeno Gandia fut aussi l’auteur de poésies de tonalité philosophique ou descriptive. Son poème La palmada est connu dans toute l’Amérique latine.
Comme romancier il écrivit des œuvres remarquables, en particulier la série Chroniques d’un monde malade comportant La charca (1894), Garduña (1896, mais écrit avant
La charca), El negocio (1922, mais écrit une vingtaine d’années auparavant) et Los redentores (publié en feuilleton en 1925). Il laissa inachevé Hubo un
escandalo et Nueva York.
On lui doit une dizaine de nouvelles (« cuentos » ou « novelas cortas ») dont Rosa de Marmol, La trenza, Picola ou Los perros de
Bernard, qu’il écrivit en collaboration avec un de ses fils.
Homme de grande culture scientifique et littéraire, Manuel Zeno Gandia dominait plusieurs langues : le français, l’anglais, l’italien et même l’hébreu. Il fut, aussi bien à Porto Rico
qu’ en Espagne, membre de plusieurs sociétés tant scientifiques (anatomie, anthropologie, ethnographie) que littéraires, patriotiques ou de bienfaisance. Il écrivit des études sur des
écrivains portoricains et étrangers, prononça diverses conférences à Porto Rico comme aux Etats-Unis et reçu diverses distinctions.
Manuel Zeno Gandia mourut le 31 janvier 1930 à Santurce, un quartier de San Juan. Il avait 75 ans. Son corps fut exposé à l’Athénée de Porto Rico en une chapelle ardente gardée par différents
groupes représentatifs de la société portoricaine.
BIBLIOGRAPHIE ROMANESQUE de Manuel ZENO GANDIA
ROMANS
- La charca (Ponce. M.Lopez.
1895.291 p.)(Mexico.Ed. del Instituto de literatura puertor-riqueña..1955.250 p.) (Mexico. DF.Orion. 1965.269 p.)(San Juan. Ed. Campos.s.d. 237 p.)(Madrid. Aquilar.s.d.
237 p.)(La Habana. Casa de las Americas.1965.
302 p.)(Caracas.Biblioteca Ayacucho. 1978)(Rio Piedras. Edil. 1987. 294 p./ 1990. 220p.)
(Guadeloupe.Les Abymes. Antillanas/Ascodela. 2005. 392 p.)
- Garduña (Puerto Rico El Telégrafo. 1896.212 p.)(Mexico. Instituto de literature puertorri-
Queña.1955. 189 p.)(Rio Piedras. Edil. 1978. 163 p.)
-
El negocio (New York. The Geographical A.Powers Printing. 1922. 360 p.) (Mexico.
Instituto de literature puertorriqueña. 1955. 485 p.) (Rio Piedras. Edil. 1973.425 p.)
-
Los redentores (Puerto Rico. Club del libro de P.Rico. 1960. 364 p.) (Mexico. 1960)(Rio
Piedras. Edil. 1975. 364 p.)
NOUVELLES
- Cuentos (New York. Las Americas.1958)
TRADUCTIONS
Anglais
- The pond (La charca) (New J. Princeton. M.Wienez. 1999.
Français
- La fange/La charca . éd. bilingue (Gpe. Les Abymes.Antillanas/Ascodela. 2005. 392 p.)
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